Concours

Dimanche 28 décembre 2008

De Paris à Alexandrie, de Beyrouth à Khartoum, de Montréal à Dublin, de Bordeaux à Londres….  On pourra lire cette même figure inexpressive et triste sur les visages des voyageurs des transports en commun urbain du genre tramway ou métro… Peut être que sur notre droite, assises sur deux banquettes qui s'opposent quelques jeunes filles pouffent de rire en se remémoreront la rencontre avec des jeunes hommes ou en regardant des photos sur les appareils photos.

 

Le métro londonien est vieux, 100 ans à peu près. C'est le Monde qui s'y rencontre. La ville elle-même est un carrefour de cultures, d'hommes et de femmes de tous les horizons. Le métro a la particularité de concentré cette "effervescente diversité". Assis sur fauteuil, il faut se laisser à devenir curieux et à observer ces autres qui nous entourent, avec discrétion, il ne s'agirait pas de les embarrasser. Ces autres d'ailleurs parfois éloignés à l'autre bout du wagon ou contre lesquels on peut être collé aux heures de fortes affluences. Que dire sur ces gens que l'on connaît si peu. On peut être tenter d'en faire de dessiner des typographies "Ha lui avec son costume gris et sa serviette en cuir il doit travailler dans la banque"… la banque, c'est un détail mais on s'entend sur le fait qu'il va au boulot ou qu'il rentre et qu'il travaille certainement dans un bureau et qu'il est planté derrière un écran.  Puis entrent de grandes femmes noires dont les corps sont serrés dans des tissus colorés, les formes saillantes ondulent avec leur démarche lente, l'une d'elle pousse un petit garçon en costume, quelle allure, on en reste admiratif. J'aimerai me lever et leur "Mesdames vous êtes splendides", mais ce n'est même pas un sourire que je leur adresserais.

La course du dernier métro, celui qui sauvera d'un trajet beaucoup plus long si on prend le bus ou beaucoup moins cher si on prend le taxi. Encore une fois il faudra se serrer. En cette période d'hiver tous les voyageurs sont engoncés dans des manteaux aux cols relevés qui encerclent des écharpes longues, comme le veut la mode ces temps ci. Les joues sont rouges, les yeux un peu vitreux, le métro est bruyant, les voyageurs sont encore animés de l'excitation de la soirée passée, réchauffés par quelques verre d'alcool. Sur les banquettes certain s'assoupissent leur tête penche dangereusement avant de tomber sur l'épaule du voyageur d'à côté. Certains vont saisir des journaux gratuits que l'on distribue à la sortie des bouches de métro. Des journaux qui consacrent 20 lignes aux "news" internationales, une page aux questions intérieurs à l'île, c'est-à-dire un court paragraphe à la politique domestique et le reste de la page aux  puis viendront 5 pages consacrées aux people… avec en triomphe les frasques d'Amy Winehouse, les coupes de cheveux de Victoria Beckam et les citations de Britney Spear…

Ce qui est surprenant ou du moins peut l'être pour un français est la liberté de ton des conducteur des trains du métro. Le train s'arrête à une gare… pour cause de problème technique. Ce qui arrive assez souvent, il faut l'avouer. C'est avec une grande jovialité que le chauffeur va excuser la campagne de métro pour ensuite conseiller de prendre le bus ou une autre ligne de métro… parfois ils oseront des plaisanteries ou feront des références à des films, à des séries télévisées….  Ca aide à patienter si on décide de patienter que le métro reparte.

Puis bien sûr tout le monde est muni de son I Pod, ou plutôt de son I Phone maintenant. La tête se balançant au rythme de la musique que l'on écoute, ou on consulte et re-consulte son agenda, ou lit des SMS mal interprétés et qui poignent le cœur, on regarde des photos de voyage des vacances passées ou on le touche sans raison, simple objet qui reste entre les main, prêt à l'emploi qui rassure peut être, tel l'évolution du "doudou" que l'on donne au bébé. Objet qui met en relation avec les autres et qui isole en même temps. Même objet individuel et si simple en design qui en fait l'objet le plus commun le plus semblable partagé par tous ces voyageurs. Ces mêmes voyageurs qui vont redoubler d'efforts pour apparaître différents par esthétisme, par identités, par convictions…

Le trajet est terminé, on va se séparer de ces voyageurs inconnus avec qui on a partagé l'intimité d'un trajet.

Le train s'arrête une voix lâche du haut parleur le fameux "Mind the gap", on descend.

mok

Par mok
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Jeudi 21 février 2008

 

A peine en haut des escaliers, j'entends une voix grave qui débite des paroles qui parfois traînent, parfois s'accélèrent, elle sont accompagnées d'un accordéon et d'un violon…Je descends les escalier comment on s'engouffre dans l'antre d'une caverne au son, au souffle qui intrique autant qu'il séduit… J'arrive dan cette vaste pièce dont les murs sont d'un blanc éclatant, sur ces derniers, Isabelle H

Huppert vous regarde… Portraits de l'actrice. De nombreux visages pour une même femme. Dans un coin de la pièce, un accordéoniste se balance et jette de temps en temps un regard sur le plafond mais on sait bien que ce n'est pas le plafond qu'il regarde, il n'est plus là, il n'est déjà plus entre ces murs blancs, sur son côté le violiste semble figé mais ces mains gesticulent rapides, Rodin n'aurait pas donné plus de vie aux mains de bronze de ses géants.

Les paroles c'est Abbas qui les prononcent, il est bien connu ici, il vient presque tous les jours, il parle français, anglais et arabe… il parle mais pas seulement… il chante, il slam surtout… il parle d'amour, des femmes, du Soudan; des rêves d'ailleurs, il témoigne. Il rencontre souvent les artistes étrangers qui viennent à Khartoum. Et en quelques heures déjà ils parlent de projets et commentent à jouer; à chanter… le lien est créé, il se maintiendra par de là les frontières.  Enfin, une jeune fille regarde les  trois musiciens, hasardant des regards sur l'un sur l'autre, une main nonchalante s'attarde sur les cheveux avant de remettre un châle léger, lumineux.

Je m'approche, essayant de me faire discret et m'appuie contre un mur. Du fond de la galerie, sort une dame qui porte un lourd sceau contenant de l'eau et des pinceaux,elle est peintre, elle passe à côté de moi en marmonnant doucement… puis entre dans la pièce d'eau qui  se trouve derrière moi au fond du couloir… je me rends compte que j'entends toujours  ses marmonnements…  et qu'ils prennent corps, se font plus fort, elle chante aussi ! La musique s'arrête, j'en profite pour m'approcher des artistes, "Le journaliste devrait venir vers 14 h pour une interview qui sera diffusée sur les programmes en français de la radio national." Une journée au Centre Culturel Français de Khartoum commence….

 

Je remonte à la "surface", la pièce blanche n'est autre que la salle d'exposition du CCF qui se trouve un peu en contre bas par rapport à la cour qui encercle le bâtiment principal.

 

En traversant la cour, je me fais héler par le technicien du CCF, et me rappelle que ce sera difficile de projeter un film et d'organiser une conférence à la fois. A vrai dire, on a bien retransmis les matchs de la coupe des nations d'Afrique sur la terrasse qui se trouve au dessus du bâtiment tout en maintenant d'autres activités tel qu'un concert de musique classique avec une soprano et un pianiste, ou encore en faisant des conférences… mais le film de ce soir est Madame Bovary (avec Isabelle Huppert, le mois de février lui est consacré….) qui devrait être projeté en 35 mm…. Lourde manœuvre quand on sait que l'on a en même temps une conférence qui sera certainement très suivie. C'est une conférence d'archéologie donnée par Jacques Reinold, spécialiste du Soudan et qui a fait une importante découverte très récemment en mettant en avançant que ce serait à  Méroé dans le nord du Soudan qu'aurait eu lieu les premiers sacrifices humain (en enterrant vivant les domestiques des élites), mais j'en serais un peu plus tard car la conférence à lieu dans deux heures…  Le Directeur préfère annuler la séance de cinéma… Les morts du néolithique auront leur quart de célébrité non concurrencé par les frasques de Bovary (ou par les charmes d'Isabelle). Isabelle; voici que l'on fait une exposition de photos d'elle, ses films sont programmés pour le mois de février, et le public soudanais s'emporte, un cinéaste soudanais arrive ventre à terre dans le bureau du CCF et demande à faire une conférence sur elle, ce sera fait ! et très suivie par des journalistes qui lui accorderont de longs articles dans les journaux les plus lus de Khartoum, actrice emblématique, film intellectuel, présence qui dérange…on murmure son nom pour mieux l'articuler à la radio…Puis on projette Loulou, premier film de la série prévue pour février, le technicien viendra le lendemain en s'écrasant dans le gros fauteuil placé devant mon bureau (Soudan il est inenvisageable de laisser les invités sur de méchantes chaises), "Catastrophe !! Il a fallu que je coupe ce des scènes du film.... mais bon it's a good movie".

Vient l'heure de la simulation du passage de l'épreuve du teste de connaissance de français. Des soudanais souhaitent faire des études en France, et pour cela il leur est demandé de passer ce test ou d'avoir déjà obtenu un diplôme reconnu par le Ministère de l'Education nationale français.

On regarde les épreuves, le niveau est élevé et les questions idiotes… sans compter le décalage culturel entre une question où un barman propose une bière, tandis qu'une autre traite de l'identification des adolescents (occidentaux) aux stars plongées dans le monde du sexe, de l'alcool, de la drogue et de l'argent…   certains diront que c'est du pain béni pour les islamistes mais ne commençons pas à faire de la censure dans les épreuves des examens.

Je connais les étudiants qui vont se présenter au test, je les ai rencontré voire conseillé… quand bien même ils le réussissent et qu'ils soient acceptés par les universités françaises' pour des master d'ingénierie spécialisé sur les eaux recyclées, licence de sciences politiques, un master de droit sur les droits de l'homme, se posera la question du visa… la clef de l'espoir, le passe pour un monde qui relève de l'imaginaire pour ses étudiants qui voient l'Europe en rose…

Je repasse au bureau, regarde une affiche qui doit informer d'un concert qui aura lieu la semaine prochaine, concert intitulé "Quand la Provence rencontre Omdurman", la Provence c'est pour l'accordéoniste, le violoniste et la peintre-chanteuse mentionnée ci haut et Omdurman c'est pour deux artistes qui résident dans cette ville qui se trouve de l'autre côté de la rive du Nil en face de Khartoum. L'affiche est en français; en arabe puis en anglais… quand c'est un affiche on s'en sort, mais cela devient plus délicat pour les longs textes ou pour le programme d'un mois… Mais c'est alors tout le CCF qui s'y met, bibliothécaire, vacataire, stagiaire, directeur, traductrice…  pour aboutir aux traductions les plus justes aux phrases les plus poétiques, précises ou encore nébuleuses quand le ton de la manifestation y convient. Le domaine de la culture demande une langue malléable, complexe qui décrit,  prévient autant qu'elle emphatise; en faire trop pour retenir l'attention…

L'affiche partira dans les universités, cafés, autres centres culturels, écoles… dans les 4 coins de Khartoum. 

 

J'ai faim, pause déjeuner…. Je cherche une voiture qui m'emmènera à Amarat retrouver un ami autour d'une table om nous partagerons un shich tawouk (poulet en brochettes). Il travaille pour une ONG et revient tout juste d'une mission de deux mois, à Waw, le tr.. du monde, ville plongée dans une végétation hirsute où les moustiques sont les plus fidèles partenaires et les vaches sont plus nombreuses que les voitures dans les rues…

Par mok
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Samedi 3 novembre 2007

 

 

Le vendredi Khartoum est engourdie, silencieuse, les voitures sont rares, les magasins restent fermés. C’est le jour que je choisis pour courir de temps à autres, si je ne me réveille pas trop tard bien sûr sinon il me faudrait affronter la chaleur.

Sortant de chez moi il ne me reste qu’à descendre la rue et j’arrive sur le Nil bleu à quelques centaines de mètres de là où il rejoindra le Nil blanc. En descendant cette rue je dépasse quelques vieillards assis en  rond autour dune femme préparant du thé (settet chaî), plus loin ce sont des jeunes qui marchent rapidement l’un d’entre eux tient un ballon. Je longe le mur de l’Université de Khartoum sur lequel une famille de singes m’observe, ils demeurent immobiles à peine perturbé que je sois à moins d’un mètre d’eux, le corps immobile seule la tête pivotant à mesure que j’avance. Le mur guère haut, me permet de voir les bâtiments loqueteux d’aujourd’hui mais qui ont du connaître leur gloire. Vestige de la présence anglaise, l’Université de Khartoum a des allures de celles d’Oxford, aux pierres grises sont substituées par des briques orangées, mais on retrouve des tours, des fenêtres gothiques. J’arrive sur la route qui longe le Nil, j’accélère le pas pour enfin courir, je me demande ce que doivent penser les rares passant en djellaba, avec mon accoutrement : short, tee shirt avec larges motifs, casquettes rouges et l’indispensable baladeur. L’étranger doit garder à l’esprit cet équilibre entre ce qu’il entend poursuivre de ses habitues qui prennent place sur la place publique sans interférer avec la société accueillante.

La route s’écarte progressivement du Nil, sur la fine de bande de terre qui sépare le Nil et la route, s’insèrent des champs. Cet espace vert a pour relief des arbres et quelques hautes plantes qui cachent des baraques minuscules où vivent les paysans. Dans ce vert frappant dans la ville de Khartoum si brune de part la poussière, la couleur des murs, se distingue des silhouettes blanches ou beiges parfois immobiles ou parfois en mouvement, des mouvements identiques répétés, ceux du travail. Pas de tracteurs, mais des bêches, des pelles, on voit les outils traînés dans le sillon de quelques chemins, on distingue une pompe, leur richesse j’imagine. Continuant mon chemin j’aperçois des grues et autres engins de constructions autour des quelles s’activent quelques soudanais tandis que les chinois inspectent le sol, de nouvelles construction en perspective, comme on en voit partout dans Khartoum.  De l’autre côté de la rive, s’étendent des villas colorées, dont les jardins s’ouvrent sur le Nil, elles se situent dans le quartier privilégié de Khartoum.

 

Il fait bon ce main, les grosses températures de l’été semblent passées.

 

Je me remémore les lieux où j’ai couru , Alexandrie sur la fameuse Corniche, cette longue route qui longe la mer et prend fin sur la presqu’île où s’élevait le phare ; les plaines vertes d’Irlande où je me perdais, tant je ne me retrouvais pas sur ces petits chemins que j’empruntais ; Beyrouth là encore sur le bord de la mer où les familles « défilaient »  au sens propre du terme les femmes avec leur attirail de bijoux les hommes, le ventre en avant appuyant à plusieurs reprises sur la clef de leur voiture rien que pour faire « flachouiller » la Mercedes garée à quelques mètres de là…

 

Du côté « ville », je vois que le sol a été aplatit, un nouveau quartier surgira bientôt. On vit dans une ville qui connaît certainement une « révolution urbaine », les bâtiments gagnent de la hauteur, mêmes des tours s’érigent et seront investies par les bureaux des sociétés. Les opérateurs de téléphoniques, les promoteurs immobiliers se disputent les panneaux publicitaires toujours plus nombreux. Dans des cafés on voit de temps en temps des jeunes branchés sur le wi-fi. Les embouteillages sont monnaies courantes et la ville ne sait pas gérer cette circulation qui a explosé récemment, les ponts se multiplient, progressivement l’espace asphaltée se répand. Cafés et restaurants de qualité se multiplient, l’accès à l’emprunt se démocratise…. Et on trouve même des cannettes de red bull qui traînent par terre. Ce développement économique ne doit pas faire écran de l’inégalité qui se creuse et devient frappante d’un quartier à un autre ni de la sévérité du régime…

 

L’autre jour une amie soudanaise me dit qu’elle s’inquiète de la disparition d’un de ses collègues il était 11 h du matin et personne ne l’avait vu depuis qu’il avait quitté sa maison pour se rendre à son travail, sa famille commençait à appeler les hôpitaux…. Finalement en fin d’après midi cette amie me retrouve pour me dire que son collègue ami a été retrouvé. Il avait été arrêté par a police, se promenant avec son appareil photo numérique à la main il passait devant une caserne, un policier l’interpelle le fait entrer dans la caserne et bien sûr saisit son téléphone portable et son appareil photo. Il sera interrogé durant des heures sur les raisons pour lesquelles il se promenait avec cet appareil et s’il souhaitait prendre des photos de la caserne (il suffit d’aller sur goole earth…) enfin il et libéré mais on ne lui rend pas son appareil photo… l’interrogatoire et la pression qu’il avait subit était simplement pour qu’on lui prenne son appareil.

 

Continuant ma course j’entraperçois quelqu’un à genoux, puis qui se lèvent en effectuant des gestes qui me sont devenus familiers. Il prie. L’endroit s’y apprête, le silence, cet espace vert en bordure du Nil, la lumière claire… On oublierait que l’on ait dans une ville de 8 millions d’habitants.

 

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Mardi 21 août 2007

Trois heures du matin. Le taxi m’a déposé devant le terminal de départ de l’aéroport de Khartoum pour les vols internes. Devant les portes une foule de personne se tiennent debout ou avancent d’un pas en font trois de diagonales tout en poussant des chariots surchargés de cartons recouverts de plastiques et qui font office de valise. Dans ce groupe qui se balance se mêle se quittent attendent leur départ de ceux qui attendent des arrivants. Mon vol est dans deux heures mais on m’a bien dit d‘arriver en avance. Comment savoir quand sera mon vol ? Aucune informations. Je laisse le chariot saisit la petite valise que je place devant moi et joue des coudes pour atteindre la petite porte et  demande à quelle heure on appellera ceux qui prennent mon vol pour pouvoir entrer et enregistrer nos bagages. Le jeune ne répond pas et me fait un vague signe que je traduis comme une invitation à attendre  sa gauche. Enfin une dizaine de minutes plus tard le jeune homme se tourne vers moi « Juba ».

Je dois partir en mission dans la capitale de la région du Sud du Soudan, Juba. Je m’y rends avec des ides partagées, les mythes sont nombreux et contradictoires. Certains m’on fait l’apologie de cette ville, qui incarne l’espace de liberté, la rebelle qui tourne le dos à l’austère Khartoum, l’alcool y est autorités et se déguste sous des arbres sur le bord d’un Nil indolent. On me vante ses restaurants où la nourriture est bonne servie dans des cadres agréables… Puis il y les détracteurs, « franchement, tu crois que l’alcool suffit pour que l’on se sente libre», la vie y est chère, on se plaint des rouages machiavéliques de l’administration du « Nord », alors que dans le sud il n’y en a pas du tout… Sorti des descriptions subjectives, je retiens que Juba… est une ville en devenir et peut être…. une future capitale.

 

On embarque dans l’avion que je découvre avec les premiers rayons de soleil… j’aurai préféré ne pas le voir, les heures de vol devant certainement se compter en années. Effectivement il nous emmena à bon port, c’est à  nous en rendre croyant…

 

Arrivé à Juba, je rejoins trois coopérants de l’Ambassade de France, le chef du bureau de la représentation de la France au  Sud Soudan, un attaché à la coopération pour les programmes humanitaires et le troisième coopérant culturel (exception française oblige) notamment chargé de la francophonie…

 

A peine sorti de l’avion, je découvre une lumière douce doré loin de la pâleur sèche du nord… et surtout en perspective des arbres, des collines vertes… Autre paysage d’Afrique qui plonge dans cette nature abondante. C’est parmi ces arbres, dans ces champs, entre les collines qu’un village se métamorphose en une ville. Sur le parking je retrouve les innombrables 4x4 Toyota Land cruiser ; au moins Khartoum et Juba partagent ce commun… on m’explique dès vitre qu’il n’y a de cela 5 ans, on ne comptait que trois voitures civiles, celle du gouverneur de la ville, celle du directeur de l’aéroport et celle d’une ONG, désormais Juba connaît les affres des embouteillages. Sur le chemin qui m’amène à la représentation de la France on me prit de remarquer les seuls 20 mètres de goudron de la ville hormis la piste d’atterrissage de l’aéroport.  On passe devant des cabanons bas, ronds dont le toit est en branche séchée et les murs en boue, ce sont les habitations locales, « les habitants les plus riches se procurent des bâches en plastique pour recouvrir les branche… les pluies font des ravages ici ». A côté  des cabanons, des maisons blanches dont la peinture semble encore fraîche : les représentations des pays, les « headquarters » des ONG ou encore les bâtiments des UN (Nations Unies)…

Alors on comprend la révolution à laquelle on assiste en venant, ici, ce sont des infrastructures qui se montent, l’électricité à installer, s’assurer que les moyens de communication marchent, faire venir ces 4x4, c’est nourrir ces nouvelles populations que se soit les nombreux étrangers, les réfugiés soudanais qui reviennent sur des terres que certains ne connaissent pas mais laissés par leurs parents au début d’une guerre qui a duré 20 ans, la plus longue guerre en Afrique que celle entre ce Nord et ce Sud… du Soudan.

Et c’est avec beaucoup d’ironie que l’on va demander à ce que tous ceux qui arrivent de Khartoum apportent des agrafeuses mais par contre on trouvera de grosses antennes paraboliques, les derniers ordinateurs portables…

 

Le soir nous devons rencontrer un lauréat du « concours de la francophonie ».  Chaque année le service culturel de l’Ambassade de France, à l’initiative du Ministère des Affaires Etrangères, organise un concours, les lauréats se voyant remporter un voyage de 15 jours en France tout frais compris. Le lauréat s’appelle Philippe (en réalité il a un nom qui n’a rien de français mais il s’est donné ce prénom sur les conseils d’un de ses profs), il vient d’arriver au Soudan après avoir passé plus de 17 ans au Congo. Nous allons donc chez lui, un de ses profs nous proposent de nous y conduire, on le suit. On s’éloigne de Juba, empruntons des chemins boueux, traversons champs et villages de huttes, nous croisons des femmes enveloppées dans des tissus colorés marchant avec nonchalance, sur leur tête des sacs de céréales…  Des enfants suivent sur quelques mètres la voiture en criant « hello » « hello »…  Nous sommes légèrement en hauteur ce qui permet d’apercevoir cette nature vierge qui s’étend à perte de vue sur une longue plaine derrière nous un haut plateau (truffé de mines), peu de constructions, pas de routes, quelques hameaux qui se cachent sous les manguiers ou bananiers… l’immensité de l’Afrique.  Enfin on arrive devant cette maison de fortune, en sort Philipe, « échalas » de plus 2 mètres comme tous les habitants de cette région.

Suit sa mère, qui ne parle ni anglais, ni français mais un arabe local. Le professeur explique à la mère que le fils partira 15 jours en France, on lui explique aussi dans quel cadre. Elle se fait discrète, lève sa main pour cacher son sourire. Philipe, regard posé et doux, on ne saura rien de ses attentes ou craintes du voyage. Si, il parait presque plus intrigué d’arriver à Khartoum que de partir pour Paris.

Sur le chemin du retour je ne peux m’empêcher de sourire en pensant aux multiples formes de l’action de la France à l’étranger, jusqu’à apporter un billet d’avion pour la France au fin fond de l’Afrique pour un jeune qui a remporté un concours ! Belle expérience en tous les cas.

J’apprendrais plus tard il qu’il a été ravi de son séjour en France et qu’il a rencontré des jeunes qui venaient des 4 coins du monde et qui comme lui… avaient décidé d’apprendre le français.

 

Le soir, je suis invité à une soirée chez un anglais dans le campement des « Joint –donners-fund », coalition des plus importants donneurs (Canada, Royaume Uni, Hollande… ) pour le développement du sud Soudan dont profite le gouvernement du Sud Soudan (communément appelé le GOss) encore dépendant du Nord. Le campement est un vaste complexe situé au milieu de Juba comprenant les bureaux et des villas types chalets entourés de jardins affectés à ceux qui travaillent dans le cadre de cette coalition. Impression curieuse que de danser, de « s’amuser » et de voir par la fenêtre ceux pour qui sont sensés destinés ces politiques de développement, dans des cahutes de l’autre côtè des barreaux qui encerclent le complexe…. Mais après quelques mois au Soudan on s’habitue à ces curieuses juxtapositions de maisons, de genres de vie…

 

Les accords de paix de 2005 entre le Nord et le Sud prévoient un référendum en 2011 auprès de la population du Sud Soudan pour statuer sur l’indépendance de leur région et donc la création d’un nouvel Etat. Certains parient sur l’indépendance et la prédestine comme l’antichambre d’un morcellement du Soudan aujourd’hui plus grand pays d’Afrique. Qu’en adviendra t il du Darfour ? du Kordofan (région entre Khartoum et le Sud Soudan) dont des tensions pointent déjà à cause de scénario trop connu (répartition des ressources, conflits entre les paysans et les pasteurs…), Khartoum se contentera t elle du Nord ? se suffit elle de ce futur quand on sait que le développement qu’elle connaît actuellement repose en partie sur des investissements étrangers pour ses richesses qui sont pour la plupart situé dans le sud…

 

Sur le chemin de retour vers l’aéroport je me régale de contempler ces vaches imposantes avec de gueules fines aux yeux de biches et des cornes larges comme trois tailles d’homme et longues d’un bras.

Je retrouve avec plaisir l’avion de l’allée qui me reconduira (je suis toujours convaincu que c’est un miracle) à Khartoum.

 

 

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Mercredi 13 juin 2007

 

Impossible de mettre la main sur un pantalon « propre » tous ont au moins le bas jaunis par la poussière, je ne parlerais pas des chaussures qui n’ont de chaussure, que le nom… Je me sauve de la maison, je suis déjà en retard. Il me faut traverser une rue, pas de passage piétons évidemment, les badauds doivent jouer des hanches pour passer entre des voitures dont la carrosserie cabossée vous font comprendre leur mot d’ordre : « à moi la priorité».  

Ce qui hier m’aurait fait sourire, aujourd’hui me lasse… Ok, je suis de mauvaise humeur, je l’avoue.

Enfin, j’arrive au Centre Culturel Français. Je m’assieds à mon bureau déjà un jeune se présente. Il représente une association à laquelle le CCF se joint pour organiser un débat sur le Don du sang au sein même du CCF, le 14 juin, journée internationale du Don du Sang… Ouarda avec qui je travaille traduira les échanges.

Le jeune homme dit avoir trouver les intervenants, nous réfléchissons à un nom pour la soirée… Nous nous mettons d’accord sur la communication à entreprendre, qui contacter, les supports à utiliser… Puis vient, presque bêtement, la question de savoir où dans le CCF le débat aura lieu. J’explique que traditionnellement les conférences ont lieu dans la bibliothèque, mais pour un débat moins formel les discussions se tiennent à la cafétéria, tandis que les évènements de plus grande importance se déroulent sur la terrasse mais on se priverait d’une certaine convivialité…. Il répond que ça n’a aucune importance… Puis il se tait avant de reprendre. « Peut être que la bibliothèque serait plus adaptée pour une discussion plus formelle »…. D’accord, je m’apprête à clore l’entretien… mais voilà qu’il poursuit en soulignant les avantages du cadre de la cafétéria, et bien sûr il continue en faisant part de son souhait qu’il y est une importante audience, auquel cas, la terrasse serait le plus adaptée… et il ne s’arrête pas de bavarder, hochant la tête pour faire les éloges d’un lieu et prenant un air plus grave quand il ajoute ce qu’il attend de la conférence…. Ne tenant plus, je hausse le ton et regarde fermement Ouarda « on ne va pas tergiverser pendant trois heures qu’il dise clairement quel lieu il préfère concrètement ou alors il demande aux intervenants et revient nous en parler ! » Ouarda, me connaît désormais et connaît les français pour avoir travaillé avec eux depuis plusieurs années… Elle ne semble pas étonnée que je puisse m’énerver et commence à traduire de son ton calme et posé qui lui vaut souvent d’être comparée à un sage… Dans sa traduction je la soupçonne de mettre un bémol à la sévérité de la phrase que j’ai lâché. Le jeune homme s’est néanmoins recroquevillé sur la chaise et n’ose plus lever les yeux…. Nous concluons que le débat aura lieu à la cafétéria…. Afin de nous quitter « en bons termes » et surtout afin de le rassurer, je lui propose de décorer la cafétéria dans le ton du don du sang ; pendre des steak et autres gigots et pourquoi pas des poches de sang…. La blague le fait rire.

 

Comme à son habitude, Leyla entre avec éclat dans le bureau poussant la porte dans un grand bruit, embrassant Ouarda avec effusion, tournoyant sur elle-même pour chercher du regard le prochain à saluer, elle s’avance vers moi…. Me parle déjà d’une invitation pour un déjeuner avant de se lancer dans ses dernières aventures arrivées au travail qui sont  de l’ordre de l’Odyssée d’Ulysse… Progressivement elle parle de la culture du monde arabe… elle le connaît assez pour y avoir séjourné dans presque tous les pays de Djibouti au Maroc en passant par la Syrie ou encore l’Algérie…  « Mathieu, ici on ne dira jamais oui ou non… la réponse est à comprendre » Puis elle continue en rappelant que les réponses ne sont jamais claires afin de garder une grande marge de liberté. J’aimerai ajouter aussi que la certitude ou la simple projection sont difficilement conciliables dans un pays où la référence au Destin, de manière implicite toujours, est permanente. Les choix et les désirs des uns sont d’abords fragiles mais également  soumis à un écrit prédéterminé et fixé… d’où ce Inch Alla tant de fois répété dès lors que l’on pense à un avenir aussi proche qu’il soit. Leyla continue. Faire part de ses opinions n’est pas évidente. « Regarde Mathieu, ce n’est pas un hasard si les femmes portent le voile et de grands thob… et leurs maisons elles ont toutes une cour cernées d’un haut mur… pas de fenêtres sur la rue ». Ouarda souffle un « Ya salam[1] » « La beauté, les idées, c’est dans le cercle privé… ».  Son discours nous force à l’admiration…

 

Au déjeuner, je raconte à un ami soudanais mon haussement de voix en réaction à la non réponse du jeune homme. Après un bref sourire, il rappelle que dans le monde arabe il est bien difficile de faire des choix… tout simplement parce qu’il n’y a pas toujours le choix dans à ce que l’on souhaite et on se contente de ce qui est proposé mais aussi parce qu’on ne demande pas l’avis et enfin parce que le fait de choisir est soustraits à des devoirs et volonté qui émanent du groupe, de l’entité famille, à l’échelle de l’Etat avec des administrations très pesantes…

 

 

Fin de journée, je suis dans la voiture non climatisée d’un ami. Il me dit avoir regarder la météo à la télévision, à Khartoum il était indiqué 48 °….. pas une ville du monde arabe n’avait une température aussi élevée, la carte sur l’écran s’était ensuite déplacée, Khartoum est aussi la ville la plus chaude d’Afrique…. Puis il me montre un petit thermomètre qui pend dans sa voiture… à partir de 42 ° les chiffres sont écrits en rouge…. Dans la voiture il fait 52…. Et ajoute que depuis deux mois les chiffres indiqués sont seulement rouges… Nous explosons de rire…nous sommes coincés dans des embouteillages, ma chemise me colle à la peau, je sens la poussière collée à mes cheveux mouillés, je me sens dégoulinant et sale… ce qui aurait pu me tirer des jurons de la bouche quelques heures plus tôt me fait maintenant rire….  Question d’humeur !

 



[1] Exclamation pour féliciter ou pour faire comprendre que m’on rejoint son interlocuteur.

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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