De Paris à Alexandrie, de Beyrouth à Khartoum, de Montréal à Dublin, de Bordeaux à Londres…. On pourra lire cette même figure inexpressive et triste sur les visages des voyageurs des transports en commun urbain du genre tramway ou métro… Peut être que sur notre droite, assises sur deux banquettes qui s'opposent quelques jeunes filles pouffent de rire en se remémoreront la rencontre avec des jeunes hommes ou en regardant des photos sur les appareils photos.
Le métro londonien est vieux, 100 ans à peu près. C'est le Monde qui s'y rencontre. La ville elle-même est un carrefour de cultures, d'hommes et de femmes de tous les horizons. Le métro a la particularité de concentré cette "effervescente diversité". Assis sur fauteuil, il faut se laisser à devenir curieux et à observer ces autres qui nous entourent, avec discrétion, il ne s'agirait pas de les embarrasser. Ces autres d'ailleurs parfois éloignés à l'autre bout du wagon ou contre lesquels on peut être collé aux heures de fortes affluences. Que dire sur ces gens que l'on connaît si peu. On peut être tenter d'en faire de dessiner des typographies "Ha lui avec son costume gris et sa serviette en cuir il doit travailler dans la banque"… la banque, c'est un détail mais on s'entend sur le fait qu'il va au boulot ou qu'il rentre et qu'il travaille certainement dans un bureau et qu'il est planté derrière un écran. Puis entrent de grandes femmes noires dont les corps sont serrés dans des tissus colorés, les formes saillantes ondulent avec leur démarche lente, l'une d'elle pousse un petit garçon en costume, quelle allure, on en reste admiratif. J'aimerai me lever et leur "Mesdames vous êtes splendides", mais ce n'est même pas un sourire que je leur adresserais.
La course du dernier métro, celui qui sauvera d'un trajet beaucoup plus long si on prend le bus ou beaucoup moins cher si on prend le taxi. Encore une fois il faudra se serrer. En cette période d'hiver tous les voyageurs sont engoncés dans des manteaux aux cols relevés qui encerclent des écharpes longues, comme le veut la mode ces temps ci. Les joues sont rouges, les yeux un peu vitreux, le métro est bruyant, les voyageurs sont encore animés de l'excitation de la soirée passée, réchauffés par quelques verre d'alcool. Sur les banquettes certain s'assoupissent leur tête penche dangereusement avant de tomber sur l'épaule du voyageur d'à côté. Certains vont saisir des journaux gratuits que l'on distribue à la sortie des bouches de métro. Des journaux qui consacrent 20 lignes aux "news" internationales, une page aux questions intérieurs à l'île, c'est-à-dire un court paragraphe à la politique domestique et le reste de la page aux puis viendront 5 pages consacrées aux people… avec en triomphe les frasques d'Amy Winehouse, les coupes de cheveux de Victoria Beckam et les citations de Britney Spear…
Ce qui est surprenant ou du moins peut l'être pour un français est la liberté de ton des conducteur des trains du métro. Le train s'arrête à une gare… pour cause de problème technique. Ce qui arrive assez souvent, il faut l'avouer. C'est avec une grande jovialité que le chauffeur va excuser la campagne de métro pour ensuite conseiller de prendre le bus ou une autre ligne de métro… parfois ils oseront des plaisanteries ou feront des références à des films, à des séries télévisées…. Ca aide à patienter si on décide de patienter que le métro reparte.
Puis bien sûr tout le monde est muni de son I Pod, ou plutôt de son I Phone maintenant. La tête se balançant au rythme de la musique que l'on écoute, ou on consulte et re-consulte son agenda, ou lit des SMS mal interprétés et qui poignent le cœur, on regarde des photos de voyage des vacances passées ou on le touche sans raison, simple objet qui reste entre les main, prêt à l'emploi qui rassure peut être, tel l'évolution du "doudou" que l'on donne au bébé. Objet qui met en relation avec les autres et qui isole en même temps. Même objet individuel et si simple en design qui en fait l'objet le plus commun le plus semblable partagé par tous ces voyageurs. Ces mêmes voyageurs qui vont redoubler d'efforts pour apparaître différents par esthétisme, par identités, par convictions…
Le trajet est terminé, on va se séparer de ces voyageurs inconnus avec qui on a partagé l'intimité d'un trajet.
Le train s'arrête une voix lâche du haut parleur le fameux "Mind the gap", on descend.
mok