Attablés à un café, nous remarquons un groupe de demoiselles qui s’installent au fond de la salle. L’une d’entre elles se retournent et nous remarque… Tout de suite elle en parle à ses amies. Elles se relèvent et s’assoient à la table à côté de la notre…puis les unes après les autres nous jettent des coups d’œil langoureux… ce sont des chasseuses de rawaja, leurs pendants masculins existent aussi.
Ces français qui arrivent en Egypte, au Soudan, et ailleurs…. incarnent le plus court chemin pour quitter ces pays et vivre dans des sociétés dites « riches ».
Aux apparences spontanés, ils vont joué des interdits sociaux pour facilement entreprendre la conversation et très vite les invitations. Demeure une ambiguïté paradoxale entre jugement moral et confiance générale. Les codes marquent si fortement les relations, et les femmes ont tant à perdre que la société ferme les yeux sur les avances des plus audacieuses sachant que ces dernières connaissent leurs limites… Partant du présupposé socialement partagée que la jeune fille ne pêchera pas, cette dernière peut aller voir un rawaja et lui proposer d’aller boire un verre, ce qu’elle s’interdirait avec un jeune homme de son propre pays. En tous les cas l’invitation et les rendez vous doivent toujours avoir lieu dans «l’espace public », à la fois tribunal et témoin irréprochable.
Comment ne pas reconnaître avec quelle subtilité ils ou elles vont redoubler de charmes pour d’abord déstabilisé leur proie avant de leur faire naître des sentiments ? Des regards longs, ces sourires, des explosions de rires, la bonne humeur permanente malgré des difficultés matérielles ou à cause de l’omniprésence familiale (jamais trop contestée car la famille est le Veau d’or qui ne peut être critiquée, mais des envies de liberté se laissent entendre, néanmoins difficiles à assumer)… De l’autre côté, c’est surtout le sentiment de plaire, de se sentir unique... Dans ces prémices d’Amour courtois, se mêlent la distance, qu’impose l’environnement et le désir. Et là encore le chasseur saura user des poids de son pays de ses poids culturels pour animer la relation. Il dit que c’est compliqué pour lui, que sa famille n’acceptera jamais une telle relation et que n’hésitant pas à avancer que c’est aller à l’encontre de ses convictions et valeurs…. A moins qu’ils se marient et qu’ils partent ensemble. Un mauvais scénario de Roméo et Juliette. Le mariage, seul espace qui autorise et permet le bonheur légitime.
Alors on s’étonnera, comment manquer autant de sensibilité pour se laisser manipuler ? Pour ne pas voir ô combien le mensonge imprègne ces mots de velours ? Certes, de temps à autre ces relations reposent sur un contrat tacite, « Jeunesse contre passeport ». Mais j’observe et j’entends ces histoires sordides, qui débutent dans des amours promis dont l’épanouissement est consubstantiel du mariage mais qui peut dériver bien vite vers l’isolement, l’ennui ou la multiplication de bornes… Une fois dans le pays du rawaja, la relation se complique, l’idylle se fissure sous les coups d’un naturel-culturel qui revient « Tu ne peux pas sortir comme ça !», « je ne veux pas voir ta famille. Ils ne m’aiment pas, ils croient que l’on s’est marié parce que je voulais quitter mon pays », « finalement, c’est important pour moi que l’on fasse un mariage religieux ».
Habiter dans le nouveau pays est aussi synonyme de violences pour celui qui arrive, quitter un environnement qu’il connaît pour entrer dans un univers qui ne l’attend pas et qui est loin de correspondre à l’imaginaire véhiculé… Il s’imaginait les SDF élégants[1] et découvre qu’ils sont nombreux, qu’ils meurent de froids en hiver. Ils découvrent la solitude dont l’aboutissement est de laisser les aïeux « crever » dans des chambres de bonnes[2].
« On a envie d’y croire. Même si on sent que c’et faux. Il arrive un moment où entendre ça… ça fait du bien », me disait une amie. C’est ainsi que l’on a à souffrir des apologies, à recevoir des cadeaux, que l’on nous offre nombre de jus et de café, parce qu’ils/elles ne tolèrent pas que l’on puisse payer… L’issue ? Se décomposer en remerciements … mais du regard bien laisser comprendre que vous n’êtes pas dupe. Nul mot ne sert pour interrompre cette relation, ne pas modifier votre comportement et au contraire souligner que vous êtes ravi de cette amitié. Alors progressivement la relation diffère et une réelle confiance s’instaure, avec le temps vous vous hasardez à ironisez sur ses stratégies employées à vous égarer, il en rie lui-même. Puis vous lui présentez un de vos amis rawaja et il s’élancera alors dans une nouvelle campagne…
Mais la chasse a ses règles réversibles et certaines (bien plus souvent que certains) se voient déplorer le dicton implacable dans ces cultures où l’honneur est parfois la seule richesse du « qui croyait prendre est pris »…
Une amie soudanaise me demandait pourquoi nous, les étrangers, nous n’en parlions pas entre nous… pourquoi nous n’invitions pas à être plus prudent celui qui se laisse charmé (quand celui-ci est marié, quand le « chasseur/euse » a déjà mauvaise réputation, ou demande de grosses sommes d’argent…)… Elle argumente qu’ici tout le monde, que se soit les voisins, les anciens professeurs, l’employeur, la famille allant jusqu’à y consacré un quasi-Haut-Conseil, ne se gêne pas pour donner son opinion sur un/e vague mari/épouse potentiel/le… Je lui réponds que notre silence est le fruit de la sacro-sainte liberté individuelle, chacun colore sa vie comme il entend. Ce n’est non pas de l’indifférence, car si conseil est demandé avis sera rendu. Mais on feint l’ignorance jusqu’à ce que le concerné veuille en parler, si jamais il veut.
Partir, quitter, changer de vie ou plutôt changer de cadre de vie…. D’autres ont des diplômes, ou la possibilité d’en obtenir, et il y a tous les autres qui ont des talents tel que taper dans un ballon, chanter, peindre… qui leur deviennent des passes. Mieux ! Ils se voient accueillis avec tous les honneurs d’un chef d’Etat à condition qu’ils rapportent les mises escomptées dans ce pari qui consiste à les faire venir. Des situations déjà plus analogues à ceux qui dans les pays riches, ont des répertoires, des connaissances, des compétences et qui changent de pays en changeant d’adresse et d’emploi… Situation un peu différente dans le fait que ces derniers sont invités. Pas besoin de chercher une nationalité bienveillante puisqu’au besoin on la leur procure…
Dans ces pays dit en voie de développement, on assiste à cet écart croissant entre ceux qui surfent sur la curée de leur pays tandis qu’une large partie de la population en bénéficie à la marge… Pour eux partir, n’est pas une fin mais bien un moyen, élargir des marchés, envoyer ses enfants dans les meilleures universités….
A ceux qui ont comme parent la misère, comme lendemain le désarroi comme horizon d’autres continents, à ceux là, restent les trains d’atterrissage ou des embarcations de fortunes… on connaît la suite.
Dans ce monde de droit, on comprend mieux pourquoi certains le cherchent particulièrement et aussi rationnel que le Droit prétend être, ces derniers entrent dans la brèche de l’affectif en guettant ce fameux « contrat de mariage ».
Mais j’ai parlé de ceux qui partent… on m’a bien demandé «et vous, pourquoi venez vous ? ».
Alors vient le doute ces paroles, ces regards, ces je t’aime soufflés en différentes langues sont ils toujours intéressés ? Je souhaiterais confier « je sais que non »…
[1] Question que l’on m’a posé « est ce que c’est vrai que les gens qui vivent dans la rue à Paris sont bien habillés ? »
[2] L’épisode de la canicule a beaucoup choqué, et il n’est pas rare que l’on interroge sur le fait que les différentes générations d’une famille ne puissent pas vivre sous un même toit.
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pour y revenir un peu plus tard. La ville dort encore. Les volets des commerces sont encore baissés, tandis que sur les trottoirs des vendeurs de légumes commencent déjà à disposer en pyramide les 12 oranges ou les 12 tomates
Nous nous arrêtons dans une petite ville afin d?acheter de quoi compléter notre déjeuner. Sans discrétion les regards se tournent vers nous et déjà des maraîchers nous interpellent avec sourires. Je décide de confier quelques billets à Mariam pour acheter du raisin et des oranges, les prix que l?on m?annonce sont triplés. J?accepte, bien sûr, de payer plus cher
Plus loin quelques femmes sortent des buissons et entrent dans l?eau avec des draps et autres linges pour ensuite le nettoyer. Plus tard c?est un vieillard qui vient remplir d?eau deux récipients en plastique. Il porte une djellaba poussiéreuse et est couronné d?une traditionnelle étoffe blanche à liserées bleue qui cercle sa tête ridée. Enfin nous sommes rejoints par des chèvres gardées par un berger de 8 ans à peine. Il se traîne avec nonchalance visiblement ennuyée que ces bêtes se dispersent et puissent avancer aussi lestement.