19-20 juillet
Un deuxième bateau est parti, emportant avec lui son nombre de « soulagés » (bien que beaucoup ont des parents, amis et amours au Liban)… mais tant d’autres restent. Les premières angoisses portaient sur ce début de guerre, la violence des bruits de tirs des bateaux israéliens ou des bombardements… Mais l’annonce rapide du rapatriement soulageait. Désormais, le temps passe et dure trop longtemps pour ces gens qui attendent cloîtrés chez eux qu’on les appelle pour les avertir de leur départ. Alors ils reviennent à l’Ambassade demandent et redemandent à ce qu’on les inscrive, à ce qu’on réponde à leurs informations « Donnez une date, un délai ! » Mais la réponse se répète, seul le ton change, souvent compatissant, mais parfois ferme « Nous vous prions d’attendre ». Nous les comprenons mais leur insistance nous amène à hausser le ton. L’énervement est partagé et nous même, de temps en temps craquons… Le temps d’un instant, car déjà une nouvelle famille se présente, avec une autre histoire, d’autres douleurs, d’autres identités mais une même attente : partir… fuir.
Avec l’arrivée des familles qui quittent des villages rasés, des maisons effondrées ou des zones avoisinant des infrastructures susceptibles d’attirer les foudres de… ne nous voilons pas la face…de l’armée israélienne. Ils nous racontent des voyages terribles, devant faire de grands détours, puisque les grands axes routiers sont soit menacés soit coupés, passant devant des paysages ravagés…
Le contraste n’apparaît alors que plus grand avec ce qu’offre le centre de Beyrouth, dont je ne peux pas me faire un fidèle témoin puisque je ne me contente plus que d’aller de mon appartement à l’Ambassade tôt le matin et d’en rentrer tard le soir… Comme la plupart de ceux qui y travaillent ou qui contribuent à l’évacuation et la continuité des services de l’Ambassade.
On ne sait plus très bien s’il faut sourire ou s’irriter des affiches publicitaires sur lesquelles s’étale des lolitas vous invitant à partir en voyage, ces flyers jetés par terre de discothèque annonçant la venue des plus fameux Dj du monde… On passe devant des magasins de voitures de luxe, dont les voitures ont été retiré des vitrines, puis c’est un restaurent Mc Donald’s fermé presque abandonné, retranché derrière ses hautes grilles, dont les espaces de jeux pour enfants semblent ridiculement silencieux par le silence qui y règne et la statue du clown Ronald, pathétique avec son sourire d’accueil adressé à personne
A force de rester à nos postes, nous ne suivons plus l’actualité, peut être brièvement sur la radio ou en lisant les courriels de nos amis. Nous échangeons des brins d’information dans les couloirs, le temps d’un bref café ou d’une clope… Nous assistons par voix interposées à l’enlisement du pays.
On apprend ainsi que dès le premier soir de ce qui n’était à l’époque que « des évènements » (le 12 ou 13 juillet) des cadres de Total étaient rapatriés… C’est le lendemain matin que l’on comprendra le basculement de la situation en entendant les assauts qu’a subit l’aéroport….
Il y aussi ces tirs qu’effectuent Tsahal à peu de distance des convois organisés par la France, notamment, emmenant des civils des villes du Sud très touchées jusqu’à Beyrouth…
Désormais, à l’accueil, nous avons eu des renforts :
Plus de gardes pour assurer la sécurité (genre videur de boites)
Et une psychologue, certes sympathique, mais ses méthodes sont radicales : tous ceux qui s’installent ne serai ce 5 minutes sur un siège en face d’elle… éclate en sanglot…
A se demander qu’est elle est la méthode douce : la présence de malabar qui ne prononcent pas même un mot mais à qui il suffit de se lever pour calmer les « esprits vif » ou l’élégante psychologue qui transforme tout individu en petite madeleine qu’il faut serre entre les bras ?