Sorti de l’ascenseur nous remontons un couloir sombre jusqu’à des portes en verre que nous franchissons. Sur des canapés blanc s’affaissent des jeunes hommes à la bedaine prisonnière de chemisettes serrées, les jeunes filles balancent la tête sans tenir compte du rythme de la musique, les cheveux longs tombent sur des nuques dégagées par des robes et autres hauts à bretelles lâches… Sur les tables, les bouteilles de vodka et de champagne attendent dans des sceaux de glace…. Alors que j’essaie d’avancer enjouant de coudes en me faufilant dans des couloirs obstrués par des amis en pleine retrouvailles je passe devant un groupe qui contemple hilare un gâteau qui vient de leur être servi, sur lequel on remarque des figurines en sucre, deux femmes portant le voile servant un gros ventru en djellaba…. Un ami se retourne et me crie pour se faire entendre « Alors ton retour à Beyrouth ? Ca vaut le coup non ? ». Nous sommes à l’ouverture saisonnière d’un « roof », un bar sur le toit d’un immeuble, il fallait donc y être…. Et y parfait. Je m’approche du bord et aperçoit sur ma gauche la mer et sur ma droite la Place des martyres où l’on voit des dizaines de tentes qui abritent les opposants au gouvernement actuel et qui se sont installés là depuis déjà quelques mois. Avant de repartir, on me souffle à l’oreille que les libanais sont lassés de ces guerres et que maintenant ils veulent s’amuser, j’avais déjà entendu ce discours l’année dernière.
5 jours passés à Beyrouth, le temps d’arpenter les ruelles bordées de villas, ou d’immeuble jaunis. Je retrouve le plaisir de marcher sans traverser des nuages de poussières ou d’être accablé par la chaleur. Mes promenades m’amènent devant les appartements dans lesquels je me rappelle de soirées que j‘ai pu passer, alors j’évite de trop m’attarder afin de fuir toute nostalgie, j’arrive sur la Place des Martyres où je déambule entre les tentes de « l’Opposition », nombreuses semblent vides, et quand elles ne le sont pas, on peut voir trois ou quatre bonhommes entrain de fumer le narguilé et de jouer aux cartes…., bref une Opposition pour touristes, les pressions sont ailleurs.
Durant quelques conversations, dont je généraliserais pas les idées, on m’a fait part d’un certains scepticisme sur l’avenir du Liban. Le départ des syriens en 2004 avait été interprété comme un nouveau départ pour le Liban qui a eu pouvoir enfin se réaliser comme un modèle de démocratie dans le monde arabe et témoigner du dépassement des retranchements communautaires. Mirage de paix… Le monde arabe est souvent perçu sous l’angle du manichéisme et des sectarismes, il semblerait que s’il y a sectarisme et tensions, elles sont entre autre le fruit de constructions idéologiques ou d’analyse simplificatrices du bouillonnement que connaît le monde arabe de l’Irak au Maroc en passant par le Soudan. A Beyrouth et ailleurs comme à Alexandrie, il n’est pas rare et c’est même agréable d’entendre l’appel du Muezzin au même moment que les cloches d’une église sonnent. En tous les cas, la guerre de l’été 2006 semble avoir brisé cet enthousiasme et le peuple reste désormais en suspend de l’évolution politique et d’une reprise économique. Quand je suis arrivé au Liban, les journaux annonçaient la découverte de deux corps mutilés. Des jeunes hommes musulmans de 25 et de 12 ans enlevés par des étudiants musulmans mais se revendiquant d’une autre branche de l’islam, les corps étant ensuite laissés dans un quartier chrétien.
Enfin, Beyrouth n’est plus le « centre » économique, financier et des investissements du monde arabe… il s’est déplacé vers ces métropoles des émirats qui ont émergé du désert en moins de 20 ans… le nom seul de Dubaï évoque des rêves mais on s’interroge sur l’âme. Le luxe est palpable.
Je n’y suis pas allé, mais je l’avoue le mirage me séduit.
Mon séjour s’est étendu du 29 avril au 5 mai… 15 jours plus tard ; les tensions se font plus vives, attentas et échanges de tirs ont fait des victimes à Tripoli (dans le nord du Liban) ou encore à Beyrouth…
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