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Mercredi 23 mai 2007

Sorti de l’ascenseur nous remontons un couloir sombre jusqu’à des portes en verre que nous franchissons. Sur des canapés blanc s’affaissent des jeunes hommes à la bedaine prisonnière de chemisettes serrées, les jeunes filles balancent la tête sans tenir compte du rythme de la musique, les cheveux longs tombent sur des nuques dégagées par des robes et autres hauts à bretelles lâches… Sur les tables, les bouteilles de vodka et de champagne attendent dans des sceaux de glace…. Alors que j’essaie d’avancer enjouant de coudes en me faufilant dans des  couloirs obstrués par des amis en pleine retrouvailles je passe devant un groupe qui contemple hilare un gâteau  qui vient de leur être servi, sur lequel on remarque des figurines en sucre, deux femmes portant le voile servant un gros ventru en djellaba…. Un ami se retourne et me crie pour se faire entendre « Alors ton retour à Beyrouth ? Ca vaut le coup non ? ». Nous sommes à l’ouverture saisonnière d’un « roof », un bar sur le toit d’un immeuble, il fallait donc y être…. Et y parfait. Je m’approche du bord et aperçoit sur ma gauche la mer et sur ma droite la Place des martyres où l’on voit des dizaines de tentes qui abritent les opposants au gouvernement actuel et qui se sont installés là depuis déjà quelques mois.  Avant de repartir, on me souffle à l’oreille que les libanais sont lassés de ces guerres et que maintenant ils veulent s’amuser, j’avais déjà entendu  ce discours l’année dernière.

 

 

 

 

5 jours passés à Beyrouth, le temps d’arpenter les ruelles bordées de villas, ou d’immeuble jaunis. Je retrouve le plaisir de marcher sans traverser des nuages de  poussières ou d’être accablé par la chaleur. Mes promenades m’amènent devant les appartements dans lesquels je me rappelle de soirées que j‘ai pu passer, alors j’évite de trop m’attarder afin de fuir toute nostalgie, j’arrive sur la Place des Martyres où je déambule entre les tentes de « l’Opposition », nombreuses semblent vides, et quand elles ne le sont pas, on peut voir trois ou quatre bonhommes entrain de fumer le narguilé et de jouer aux cartes…., bref une Opposition pour touristes, les pressions sont ailleurs.

 

 

Durant quelques conversations, dont je généraliserais pas les idées, on m’a fait part d’un certains scepticisme sur l’avenir du Liban. Le départ des syriens en 2004 avait été interprété comme un nouveau départ pour le Liban qui a eu pouvoir enfin se réaliser comme un modèle de démocratie dans le monde arabe et témoigner du dépassement des retranchements communautaires. Mirage de paix… Le monde arabe est souvent perçu sous l’angle du manichéisme et des sectarismes, il semblerait que s’il y a sectarisme et tensions, elles sont entre autre le fruit de constructions idéologiques ou d’analyse simplificatrices du bouillonnement que connaît le monde arabe de l’Irak au Maroc en passant par le Soudan. A Beyrouth et ailleurs comme à Alexandrie, il n’est pas rare et c’est même agréable d’entendre l’appel du Muezzin au même moment que les cloches d’une église sonnent. En tous les cas, la guerre de l’été 2006 semble avoir brisé cet enthousiasme et le peuple reste désormais en suspend de l’évolution politique et d’une reprise économique. Quand je suis arrivé au Liban, les journaux annonçaient la découverte de deux corps mutilés. Des jeunes hommes musulmans de 25 et de 12 ans enlevés par des étudiants musulmans mais se revendiquant d’une autre branche de l’islam, les corps étant ensuite laissés dans un quartier chrétien.

 

 

Enfin, Beyrouth n’est plus le « centre » économique, financier et des investissements du monde arabe… il s’est déplacé vers ces métropoles des émirats qui ont émergé du désert en moins de 20 ans… le nom seul de Dubaï évoque des rêves mais on s’interroge sur l’âme. Le luxe est palpable. 

Je n’y suis pas allé, mais je l’avoue le mirage me séduit.

 

 

 

 

Mon séjour s’est étendu du 29 avril au 5 mai… 15 jours plus tard ; les tensions se font plus vives, attentas et échanges de tirs ont fait des victimes à Tripoli (dans le nord du Liban) ou encore à Beyrouth…

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Mardi 10 avril 2007

« Même les américains sont étonnés de la taille de notre Ambassade…. » . La jeune brune assise à côté de moi anime ses grands bras et gesticule sur sa chaise dès qu’elle commence à parler pour tout de suite redevenir immobile une fois la bouche close. A côté d’elle sa collègue dont sur le visage tombe une coiffure qui rappellerait les boucles dorées des élégantes stars hollywoodiennes des années 50 , garde le silence, apparaît de temps à autres un sourire en réponse aux excitations subites de la brune…. La conversation tourne autour de l’Ambassade de la République tchèque au Caire dont l’architecture est l’héritage d’une époque que l’on se contentera de nommée « sixtees ». Elles doivent rester quelques jours à Khartoum avant de rejoindre l’autre capitale qui se partage le Nil.  De temps à autres le quatrième convive se lève de table pour répondre au téléphone. Ce dernier coup de téléphone semble particulièrement l’agité, il s’éloigne un  peu plus, fait des petits pas dans le restaurent  et enfin revient vers nous.

 

« Je suis désolé, mais nous devons quitter le restaurent immédiatement. Il y a des explosions dans Khartoum et nous avons intérêt à nous éloigner du centre tant que l’on ne sait pas ce que ça peut être !» …. Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’épisode de l’été 2006. On se lève, reste debout les bras ballants, la petite blonde semble plus pâle encore tandis que la brune clame se sentir sur le Titanic…. Le décor rococo du restaurent, avec ses plâtres ternis et ses lustres trop grand pour un plafond trop bas , et cette impression d’être en suspend dans l’attente d’une information, voire d’une explosion pour être sûr que ce n’est pas une rumeur comme il en court tant dans cette ville lui donnerait presque raison…. Enfin on sort du restaurent, droit devant nous une grosse fumée noire  s’élève…. On rentre dans une voiture le chauffeur prend la direction inverse de la fumée et dit vouloir nous amener chez lui…. Le temps d’en savoir un peu. Il dit avoir été informé de ses explosion  par son fils et que déjà des chars bloquent les rues… Thèse de l’attentat bien sûr, mais avec les tchèques nous restons attachés à l’hypothèse de l’accident…

 

Trouvant cette fuite assez ridicule, je demande à ce que l’on me dépose et explique que je rentrerai en taxi. Les jeunes femmes s’exclament qu’elles préfèrent aussi rentrer à l’hôtel… On nous répond que la situation est incertaine et qu’à Khartoum il est préférable d’attendre hors du centre. Nous insistons et enfin la voiture fait le chemin inverse. Nous convenons de d’abords ramener les tchèques, le conducteur se gardant bien de traverser le centre préfère passer par les routes périphériques non goudronnes… En attendant je râle de ne pas avoir mon téléphone portable… Je pourrais peut être avoir des informations. Si ce n’est le nonchalant nuage noir qui s’élève et s’attarde sur a ville, rien ne semble troubler les activités de la ville. D’ailleurs les différentes stations de radio n’on pas interrompus leu programme que se soit la lecture du Coran, les chansons aux voies nasillardes du sud du Soudan, ou les rap américain…Enfin on arrive à l’hôtel, avec les tchèques nous convenons d’un autre rendez vous pour ce soir à 20 h, chez moi en intimité. Je repars, le conducteur semble énervé je lui dit que je souhaite aller au CCF, il me regarde avec des grands yeux et me répond qu’il préfère me ramener chez moi. Le CCF est en plein centre tandis qu’il sait que j’habite dans un quartier un peu plus éloigné.  Nous sommes samedi ; je ne travaille pas normalement mais le CCF est ouvert ; des cours de français y sont donnés. Je veux simplement voir l’ambiance qui y règne. A mesure que l’on se rapproche du centre la fumée se fait plus dense. Je descends devant le Centre Culturel Allemand où je retrouve par coïncidence une amie, on fait le même constat de cette atmosphère électrique avec ça et là quelques groupements de personnes dans les rues. Je lui confirme néanmoins notre rendez vous du lendemain. Je reprends mon chemin, quelques explosions au loin me rappellent ma fin de séjour au Liban. Un policier m’arrête, il est entrain de fermer la route et me demande de m’éloigner ; je fais un long détour avant d’arrive au CCF. Comme d’habitude ; de nombreux étudiants y prennent leur café, discutent, mais tous ont le regard tourné vers la fumée noire. Avec les employés du CCF on convient qu’il vaut mieux l’établissement jusqu’à demain. Enfin je rejoins mon bureau et peux donner quelques coups de téléphone. J’appelle d’abord un responsable de l’Ambassade de France pour savoir s’ils ont des informations précises sur les évènements, il me demande « quels évènements ? » Je lui fais une brève descriptions de la situation, quelques détonations, la fumée noire, les rues fermées. Il me dit qu’il va me rappeler. J’attends. Le téléphone sonne. La même voie me dit qu’il en sait un  peu plus, ce serait l’armée qui ferait exploser ses munitions obsolètes…. Mais l’arsenal est en pleine ville, autrefois isolé, la ville a grossi et des quartiers sont nées du sable, entourant progressivement les dépôts. J’apprendrai plus tard, qu’il y a eu quelques blessés. Une fois à la maison je raconte à mon colocataire la petite aventure de l’après midi, il en reste étonné, n’ayant rien entendu et n’ayant pas vu le nuage noir…

 

La nuit s’installe, j’appelle les tchèques et leur dit que je viendrai les chercher en taxi dans une demi heure….

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Dimanche 25 mars 2007

La route est réputée pour être dangereuse. Elle s’élance, droite, traversant un désert parsemé de villages gris…. Mais elle est dangereuse. La route est à double sens et bien trop étroite pour la densité de la circulation, d’autant plus que ce sont de hauts camions ou des bus qui balancent dangereusement de droite à gauche. Croiser ceux qui viennent d’en face, revient à les frôler. Je regarde les bords de la route, rongés par le sable et la chaleur, on voit de larges morceaux d’asphalte qui disparaissent, renvoyé à l’état de poussière. De temps en temps, ce sont des cadavres de bus ou de voitures qui rouillent sur les bas côtés, l’avant déchiré laisse deviné la violence du choc… mais ce sont aussi des cadavres d’ânes dont la chaire semble encore sanguinolente et qui rappellent que dans cet espace ou les 45° s’abattent sur un sol balayé par des vents palpables par la poussière, des hommes vivent…. On les remarque parfois au bord de route dans leurs djellabas crème accroupis, immobiles…

 

 

Au bout de trois heures de route on arrive dans la seconde plus grande ville du Soudan la plus proche de Khartoum aussi, Wad Madani.

 

 

C’est d’abord des routes bordées d’arbres courts qui vous accueillent, le vert vous étonne. Vert des arbres, vert des zones en jachères au milieu d’une ville aux centaines de milliers d’habitants, et enfin vert des bords du Nil Bleu. La route qui longe le fleuve surplombe des « plages » où l’on voit des hommes faire leurs ablutions. Nouveaux paysages que ces rives de sable banc encastrées entre deux bas plateaux verts, je redécouvre la perspective. En trois mois au Soudan les seules « vues » non emprisonnées par des maisons de briques étaient celles que m’offraient les terrasses d’appartements qui surplombent ces maisons.

 

 

Ville paisible que l’on a du mal à appeler ville, les habitant eux-mêmes la compare à un village. L’empreinte des anglais reste forte dans les vieux quartiers. Les boutiques courent et se suivent derrières des colonnades qui avancent un premier étage, synonyme d’ombre précieuse. Colonnades d’un blanc et vert fidèle quelque que soit les rues que l’on descend. C’est presque curieux de trouver ces deux couleurs presque naïves, tendres, dans cet univers où les pièces de rechange pour les voitures, les légumes, les plaques de vers, les sacs de blé, les cartons de Coca cola, la paille, les tapis de prière, les cages à poules, les roues pour les charrettes,  les matelas, les barres de fer…. débordent avec anarchie sur la route.

 

 

Dans la rue, personne ne m’accoste, j’en suis étonné. Dans une ville où les étrangers sont rares, je m’attendais à plus de salutations ou encore de regards… A Khartoum souvent on croise la rue pour pose un bras sur nos épaules nous appeler « my friend », nous inviter à boire un café…. Et enfin nous demander un visa quand ce n’est pas une sœur à marier. Pas à Wad Madani, la cordialité y semble sincère. La ville est encore écartée des bouleversements aue Khartoum connaît, la tentation de l’ailleurs est plus relative. Cette dernière exerce une force centrifuge sur les populations de tout le Soudan et de plus loin encore. Mais Khartoum apparaît de plus en plus comme un tremplin pour les mondes riches. Les gens d'ici sont plaisibles etje découvre leur humour le temps de boire un thé, c'est à dire des heures durant... les "rendez vous" deviennet causeries.

 

Rendez vous au Ministère de la Culture de l’Etat fédéré. Bien sûr nous arrivons sans que l’on nous ait donné d’heure précise, dans l’antichambre du bureau, une quinzaine de courtisans assis sur de large fauteuils imitant les voltaires ou debout contre les murs… Une settet chay[1] circule et distribue des verres de thé à travers lesquels on voit tout le sucre, au moins le tiers du contenu. Tous attendent quelques choses, tous se parlent, tous resteront quelques heures, jusqu’à ce qu’on leur accorde une audience, ils feront part de leurs doléances. En réponse, le notable parlera de longues minutes avec une voix grave sans regarder dans les yeux (ce n’est pas forcement bien vu dans le monde arabe), quelques minutes de morales, d’appel aux valeurs héritées par la famille, une référence au Prophète, une conclusion en 2 expressions « ma fi mouchkela [2]» et « bokra inch’Alla[3] ». Le courtisan se lèvera satisfait, sortira en bombant le torse jusqu’à chez lui où il partagera avec voisins et membres de la famille un foul[4] en racontant 50 fois la rencontre avec le ministre, devenu son ami, un protecteur…. Sa femme attendra et écoutera dans la cuisine, silencieuse un bref sourire esquissé sur les lèvres.

 

 

Le soir on m’appelle de Khartoum, on me demande où je suis, en fond j’entends de la musique. J’explique que je suis « en mission » en dehors de Khartoum… « Mais tu rates la fête de la Saint Patrick organisé par la communauté irlandaise ! ». Sur mon ordinateur portable j’ai quelques chansons irlandaises « Moly Malone », « the Whisky in the jar », on fera avec, mais sans Guinness ; Anyway ...

 

 

De retour à Khartoum, on aborde la banlieue où poussent des quartiers de villas-kit (jardins vert, maisons semi décorées…) clôturés de murs rouges qui se juxtaposent aux bidonvilles. La personne qui m’accompagne ne peut s’empêcher de déclarer que Khartoum est quand même une belle ville… les voyages apprennent à ne plus comparer. 

 



[1] Femmes qui préparent le thé

 

[2] « Il n’y a pas de problèmes »

 

[3] Demain, si Dieu le veut

 

[4] Plat traditionnel à base de fève

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Samedi 10 mars 2007

J’ouvre les yeux. J’ai très soif. Très très soif. Il commence à faire chaud la nuit et j’ai transpiré, mais ce n’est pas tout. Je sens encore l’amertume du vin de la soirée de la veille. Sur le réveil 10h, il est trop tard pour faire un footing comme j’en ai l’habitude le vendredi matin. J’avale mon petit déjeuner (pain aux céréales avec de la Ricorée), et déjà j’entends mon portable sonner. Je décroche « I am outside ». J’attrape mon sac, sors de la maison et entre ans la 4x4 (les voitures les plus répandues à Khartoum avec les « pick up ») qui attend dehors…. Cet ami est venu me chercher pour aller nous baigner dans la piscine d’une des Ambassades. La clim de la voiture ne marche pas de toute manière je ne pense que j’aurai souhaité l’avoir, on s’habitue à cet air chaud qui s’engouffre par les fenêtres ouvertes. Avec cet, air la poussière qui partout s’infiltre, vous recouvre, jaunit vos habits, pâlit vos cheveux…

Arrivé à un croisement un garçon, à qui il lui manque un bras, s’avance en tendant la main, plus loin une fille bossue et boiteuse se traîne d’une voiture à un autre. Je regarde le garçon dans les yeux, je reste impassible et pourtant je ressens au plus profond un sentiment de malaise, de honte, j’aimerai fermer la fenêtre, ou tendre quelques pièces, mais je ne peux pas bouger… Ces enfants sont nombreux et le seraient le plus en plus.

Chaque fois cette même phrase « un jour ils ne demanderont pas, ils prendront ». Khartoum est une ville sûre actuellement, mais une commune pensée est partagée, chez les occidentaux du moins, le compte à rebours à commencer, ces richesses qui se font, qui s’exposent et tranchent avec l’extrême misère deviendra bien trop insoutenable pour qu’il ne donne pas envie de se servir…. Les soudanais rétorquent que le livre saint les met à l’abri de telles dérives….

On arrive à l’Ambassade, sur la terrasse on retrouve « par hasard » des compagnons de la veille. Les hasards ne sont guère surprenant dans cette ville où les lieux de distractions sont rares…  Les conversations se poursuivent en anglais bien sûr, quelques mots sur le boulot, si peu, on s’attarde plutôt sur les anecdotes, on répète les bons jeux de mots dits la veille. Certains sortent des livres de leurs sacs, on interroge sur l’auteur, toujours très connu dans le pays d’origine du lecteur… Je fais une tentative avec Michel Houellebecq, on ne trouve rien d’autre à dire que  « he is not the guy anti-muslim ?», je ne peux me retenir « he just writes what every one think »… Sourire des uns, stupeur chez d’autre.  La tolérance n’est pas un dû, dans ce monde peuplé d’ONG, de fonctionnaires d’ambassade, et de missionnaires des Organisations unies…. Elle doit se prouver … Je trouve qu’elle amène à un peu trop vite clore les débats. Parmi tous ces gens quelques familles, des célibataires surtout. Des coeurs à prendre alors ? rien n’est moins sûr en ce qui concerne des coeurs peut être les enveloppes.

 

L’eau de la piscine est très froide, assis sur le rebord, les jambes trempant je lance à mes camarades que dans ce pays il n’y a vraiment rien de confortable, on s’attendrait au moins que l’eau soit à une températures clémente, pas gelée ! Et bien non, même l’eau se veut hostile… Rires.

 

Je m’ennuie déjà, je me sèche et prends le taxi pour rentrer. Je passerai l’après midi, à écrire mon blog ou à lire en me levant à intervalles régulier pour grignoter un morceau de chocolat ou une banane à la taille ridiculement petite. Quand les températures diminueront j’irai au marché.

 

 Ce soir je suis invité chez un bangladais il a promis à ses invités des plats traditionnels de son pays…

 

 

Khartoum devient une parenthèse dans une existence. Certains disent que c’est une formidable expérience sur un ton enthousiaste. Ce sont les même qui se contentent de discours politiquement correcte. Des occidentaux que je fréquente, rares sont ceux qui se plaignent et quand c’est le cas, guère besoin d’être psychologue pour comprendre que la raison est à trouver dan le pays d’origine de leur départ. L’isolation dans laquelle plonge Khartoum prend la forme d’un cocon, d’un écrin peut être. Le temps y passe lentement, l’ennui se combat avec mollesse, on se laisse porter par les incertitudes quotidiennes à la réalisation d’un projet qui tient à un « Si Dieu le veut ». On se rend compte que ça fait deux voire trois semaines que l’on n’a pas passé une soirée tranquille à la maison, mais nous le voudrions vraiment ? La solitude de ces expact n’irait pas jusqu’à supporter une soirée entière à affronter le vide des appartements loués cher et au confort spartiate…. Appartements meublé de meubles de catalogues en papier glacé, quelques statues africaines traînent sur des étagères sur lesquelles s’entassent des magazines achetés à l’aéroport lors du retour des dernières vacances, enfin  au milieu de ces habitats trône un I pod blanc relié aux baffles d’une chaîne puissante. La musique : Lhassa, Tracy Chapman, Edith Piaf (même chez les américains), Oum Kalsoum, Jimmy Endrix, une compilation de disco, St Germain…

 

 

Puis le premier jour de la semaine de travail on lit dans les journaux soudanais anglophones qu’il  y a eu des affrontements dans une université, deux étudiants sont morts, les négociations au Darfour se poursuivent…. Même pays, autre réalité. Est-ce que la proximité rend plus sensible à la misère et aux tensions du pays ? Alors je me vois regarder l’enfant qui mendiait alors que j’étais dans la voiture. Le regardai je comme un ménage regarde le journal télévisé ?

 

 

On vit dans cette atmosphère pesante de savoir qu’il y a conflits, qu’il a des mécontentements, on vit avec, on agit contre, on prédit l’impasse de cette situation mais dans tous les cas on reste. Le tout est de préserver notre fort intérieur, qu’il ne soit pas atteint, sinon il n’y aurait pas eu de raison à quitter son environnement. On a assez avec nos passés respectifs.

 

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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Mardi 27 février 2007

 « Setette Chay » ou les femmes du thé.

 

 

Assises en bord  des routes sur les trottoirs, généralement sous un arbre ou contre un mur, elles reproduisent des gestes identiques à peine mécaniques tant ils sont amples et se laissent volontiers comparer à ceux d’un chef d’orchestre. Devant elles des petites bocaux de verre enfermant du café, du lait en poudre, des sachets de thé, du sucre… leur fortune. A cote d’elles, une tellière qui repose sur un réchaud de gaz. De la vapeur s’en échappera dés lors que la femme se sera installée tôt le matin avant que les badauds se rendent à leur travail jusqu’à que les dernières boutiques ferment le soir.

 

 

Ce sont certainement les femmes les plus entourées d’hommes en public. Ces derniers sont assis sur de bas tabourets, en croissant autour de la serveuse de thé soit en petit cercles à côté. Les hommes s’avancent vers elle s’agenouille, commandent en prononçant un mot, voir deux pour préciser la quantité de sucre. « thé », « café peu sucré »…. Sans même un regard vers le client elle s’affaire ou plutôt continue ces gestes méticuleux, se pencher à droite pour saisir un verre, ouvrir un bocal prendre un sachet de thé, versés deux cuillères à café de sucre se pencher à gauche pour saisir la bouilloire, verser l’eau brûlante, reposer la bouilloire, remuer le tout et tendre le verre. Le client qui déjà a entamé une conversation avec son voisin inconnu jusqu’alors prend le verre. Il paiera avant de partir. Visages ridées elles vous tendent le thé  chaud d’un bras dont la maigreur surprend sur sa capacité à tenir ces grosses bouilloires. D’autres au contraire sont encore adolescentes mais leurs gestes dévoilent déjà une certaine expérience.

 

Visage souvent inexpressif, les yeux baissés vers leur verre, le sucre, ne s’autorisant à les relever uniquement pour observer cette rue qu’elles ont choisie et qui n’a plus rien à leur cacher. Aux clients qui s’arrentent de manières impromptues s’ajoutent surtout les fidèles, ceux qui tiennent les boutiques environnantes….. Jamais la boisson n’est « avalée », sa préparation, l’attente qu’elle se refroidisse, la boire, sont des étapes lancinantes et qui se renouvellent.  C’est ainsi que lorsque l’on marche sur le « trottoir », qui se résume souvent à une élévation en terre et en sable, par rapport au macadam on n’est obligé de serpenter entre ces consommateurs guères plus élevés à plus de 10 centimètres du sol. Parfois ils envoient un gosse pieds nus achetés des cigarettes. D’autres « settet chay » au contraire osent rire, parler fort, leur forte corpulence oblige l’attention, tenant ces salons de thé improvisé sur des cagettes comme elles tiendraient une taverne…

 

Mais ce sont ces gestes qui fascinent, n’ont-elles que deux mains ? on les comparerait volontiers à cette déesse indienne aux trois paires de bras. Servant avec lenteur, mais empochant avec rapidité les quelques pièces que l’on laisse tomber dans le creux de la main, le frôlement serait ambigu. Et bien sûr ce sôb que l’on rajuste sur les épaules afin de donner plus de longueurs et recouvrir la tête… Ce geste partagé par toutes les femmes, de tous les milieux de tous les ages, suggérant une lascivité que certains ne voient pas cristallisant avec véhémence  sur le seul fait de « porter le voile ».

 

 

Un matin que je me rendais au travail je vois devant moi un carton tomber par terre, je continue mon chemin et comprends qu’il a été jeté d’un camion. A l’intérieur du carton maintenant défoncé, ces fameux bocaux explosés dont le contenu s’est répandu, des verres cassés… des haussements de voix me font tourner la tête en direction du camion dont la bâche qui recouvre l’arrière a été retiré. Une femme se tient debout entouré d’une dizaine d’hommes qui la malmène, la pousse, les voix se font violentes, elle se risque à hausser le ton mais essaye surtout de garder l’équilibre, et c’est dans un réflexe tragique qu’elle remonte son sôb qui glisse, dernière protection face à l’humiliation qu’elle subit. Déjà autour du camion, des hommes et des enfants se sont agglutinés et observent sans mots dire.

 

On m’expliquera plus tard que le travail des « settet chay » est interdit mais largement toléré, souvent mal vues et accusées de tous les vices certains laissent entendre qu’ils les calomnieraient voire les dénonceraient si elles ne donnaient pas de l’argent. Le prix est cher quand elle refuse.

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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