Les quelques pages que vous pourrez lire seront l'expression de mon approche et de mes ressentiments au sujet d'un pays qui m'accueille pendant un an, le Soudan. Je profite de l'opportunité de faire un Volontariat international pour être infidèle a mon pays et a ceux qui m'ont vu grandir. C'est a eux que je dédie ces quelques mots.
Ce carnet de voyage porte bien mal son nom, mais il s’inscrit dans la continuité d’une expérience particulièrement forte vécue au Liban. J’y suis resté quelques mois, le temps d’un stage.
A peine en haut des escaliers, j'entends une voix grave qui débite des paroles qui parfois traînent, parfois s'accélèrent, elle sont accompagnées d'un accordéon et d'un violon…Je descends les escalier comment on s'engouffre dans l'antre d'une caverne au son, au souffle qui intrique autant qu'il séduit… J'arrive dan cette vaste pièce dont les murs sont d'un blanc éclatant, sur ces derniers, Isabelle H
Huppert vous regarde… Portraits de l'actrice. De nombreux visages pour une même femme. Dans un coin de la pièce, un accordéoniste se balance et jette de temps en temps un regard sur le plafond mais on sait bien que ce n'est pas le plafond qu'il regarde, il n'est plus là, il n'est déjà plus entre ces murs blancs, sur son côté le violiste semble figé mais ces mains gesticulent rapides, Rodin n'aurait pas donné plus de vie aux mains de bronze de ses géants.
Les paroles c'est Abbas qui les prononcent, il est bien connu ici, il vient presque tous les jours, il parle français, anglais et arabe… il parle mais pas seulement… il chante, il slam surtout… il parle d'amour, des femmes, du Soudan; des rêves d'ailleurs, il témoigne. Il rencontre souvent les artistes étrangers qui viennent à Khartoum. Et en quelques heures déjà ils parlent de projets et commentent à jouer; à chanter… le lien est créé, il se maintiendra par de là les frontières. Enfin, une jeune fille regarde les trois musiciens, hasardant des regards sur l'un sur l'autre, une main nonchalante s'attarde sur les cheveux avant de remettre un châle léger, lumineux.
Je m'approche, essayant de me faire discret et m'appuie contre un mur. Du fond de la galerie, sort une dame qui porte un lourd sceau contenant de l'eau et des pinceaux,elle est peintre, elle passe à côté de moi en marmonnant doucement… puis entre dans la pièce d'eau qui se trouve derrière moi au fond du couloir… je me rends compte que j'entends toujours ses marmonnements… et qu'ils prennent corps, se font plus fort, elle chante aussi ! La musique s'arrête, j'en profite pour m'approcher des artistes, "Le journaliste devrait venir vers 14 h pour une interview qui sera diffusée sur les programmes en français de la radio national." Une journée au Centre Culturel Français de Khartoum commence….
Je remonte à la "surface", la pièce blanche n'est autre que la salle d'exposition du CCF qui se trouve un peu en contre bas par rapport à la cour qui encercle le bâtiment principal.
En traversant la cour, je me fais héler par le technicien du CCF, et me rappelle que ce sera difficile de projeter un film et d'organiser une conférence à la fois. A vrai dire, on a bien retransmis les matchs de la coupe des nations d'Afrique sur la terrasse qui se trouve au dessus du bâtiment tout en maintenant d'autres activités tel qu'un concert de musique classique avec une soprano et un pianiste, ou encore en faisant des conférences… mais le film de ce soir est Madame Bovary (avec Isabelle Huppert, le mois de février lui est consacré….) qui devrait être projeté en 35 mm…. Lourde manœuvre quand on sait que l'on a en même temps une conférence qui sera certainement très suivie. C'est une conférence d'archéologie donnée par Jacques Reinold, spécialiste du Soudan et qui a fait une importante découverte très récemment en mettant en avançant que ce serait à Méroé dans le nord du Soudan qu'aurait eu lieu les premiers sacrifices humain (en enterrant vivant les domestiques des élites), mais j'en serais un peu plus tard car la conférence à lieu dans deux heures… Le Directeur préfère annuler la séance de cinéma… Les morts du néolithique auront leur quart de célébrité non concurrencé par les frasques de Bovary (ou par les charmes d'Isabelle). Isabelle; voici que l'on fait une exposition de photos d'elle, ses films sont programmés pour le mois de février, et le public soudanais s'emporte, un cinéaste soudanais arrive ventre à terre dans le bureau du CCF et demande à faire une conférence sur elle, ce sera fait ! et très suivie par des journalistes qui lui accorderont de longs articles dans les journaux les plus lus de Khartoum, actrice emblématique, film intellectuel, présence qui dérange…on murmure son nom pour mieux l'articuler à la radio…Puis on projette Loulou, premier film de la série prévue pour février, le technicien viendra le lendemain en s'écrasant dans le gros fauteuil placé devant mon bureau (Soudan il est inenvisageable de laisser les invités sur de méchantes chaises), "Catastrophe !! Il a fallu que je coupe ce des scènes du film.... mais bon it's a good movie".
Vient l'heure de la simulation du passage de l'épreuve du teste de connaissance de français. Des soudanais souhaitent faire des études en France, et pour cela il leur est demandé de passer ce test ou d'avoir déjà obtenu un diplôme reconnu par le Ministère de l'Education nationale français.
On regarde les épreuves, le niveau est élevé et les questions idiotes… sans compter le décalage culturel entre une question où un barman propose une bière, tandis qu'une autre traite de l'identification des adolescents (occidentaux) aux stars plongées dans le monde du sexe, de l'alcool, de la drogue et de l'argent… certains diront que c'est du pain béni pour les islamistes mais ne commençons pas à faire de la censure dans les épreuves des examens.
Je connais les étudiants qui vont se présenter au test, je les ai rencontré voire conseillé… quand bien même ils le réussissent et qu'ils soient acceptés par les universités françaises' pour des master d'ingénierie spécialisé sur les eaux recyclées, licence de sciences politiques, un master de droit sur les droits de l'homme, se posera la question du visa… la clef de l'espoir, le passe pour un monde qui relève de l'imaginaire pour ses étudiants qui voient l'Europe en rose…
Je repasse au bureau, regarde une affiche qui doit informer d'un concert qui aura lieu la semaine prochaine, concert intitulé "Quand la Provence rencontre Omdurman", la Provence c'est pour l'accordéoniste, le violoniste et la peintre-chanteuse mentionnée ci haut et Omdurman c'est pour deux artistes qui résident dans cette ville qui se trouve de l'autre côté de la rive du Nil en face de Khartoum. L'affiche est en français; en arabe puis en anglais… quand c'est un affiche on s'en sort, mais cela devient plus délicat pour les longs textes ou pour le programme d'un mois… Mais c'est alors tout le CCF qui s'y met, bibliothécaire, vacataire, stagiaire, directeur, traductrice… pour aboutir aux traductions les plus justes aux phrases les plus poétiques, précises ou encore nébuleuses quand le ton de la manifestation y convient. Le domaine de la culture demande une langue malléable, complexe qui décrit, prévient autant qu'elle emphatise; en faire trop pour retenir l'attention…
L'affiche partira dans les universités, cafés, autres centres culturels, écoles… dans les 4 coins de Khartoum.
J'ai faim, pause déjeuner…. Je cherche une voiture qui m'emmènera à Amarat retrouver un ami autour d'une table om nous partagerons un shich tawouk (poulet en brochettes). Il travaille pour une ONG et revient tout juste d'une mission de deux mois, à Waw, le tr.. du monde, ville plongée dans une végétation hirsute où les moustiques sont les plus fidèles partenaires et les vaches sont plus nombreuses que les voitures dans les rues…
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