Les quelques pages que vous pourrez lire seront l'expression de mon approche et de mes ressentiments au sujet d'un pays qui m'accueille pendant un an, le Soudan. Je profite de l'opportunité de faire un Volontariat international pour être infidèle a mon pays et a ceux qui m'ont vu grandir. C'est a eux que je dédie ces quelques mots.
Ce carnet de voyage porte bien mal son nom, mais il s’inscrit dans la continuité d’une expérience particulièrement forte vécue au Liban. J’y suis resté quelques mois, le temps d’un stage.
J’ouvre les yeux. J’ai très soif. Très très soif. Il commence à faire chaud la nuit et j’ai transpiré, mais ce n’est pas tout. Je sens encore l’amertume du vin de la soirée de la veille. Sur le réveil 10h, il est trop tard pour faire un footing comme j’en ai l’habitude le vendredi matin. J’avale mon petit déjeuner (pain aux céréales avec de la Ricorée), et déjà j’entends mon portable sonner. Je décroche « I am outside ». J’attrape mon sac, sors de la maison et entre ans la 4x4 (les voitures les plus répandues à Khartoum avec les « pick up ») qui attend dehors…. Cet ami est venu me chercher pour aller nous baigner dans la piscine d’une des Ambassades. La clim de la voiture ne marche pas de toute manière je ne pense que j’aurai souhaité l’avoir, on s’habitue à cet air chaud qui s’engouffre par les fenêtres ouvertes. Avec cet, air la poussière qui partout s’infiltre, vous recouvre, jaunit vos habits, pâlit vos cheveux…
Arrivé à un croisement un garçon, à qui il lui manque un bras, s’avance en tendant la main, plus loin une fille bossue et boiteuse se traîne d’une voiture à un autre. Je regarde le garçon dans les yeux, je reste impassible et pourtant je ressens au plus profond un sentiment de malaise, de honte, j’aimerai fermer la fenêtre, ou tendre quelques pièces, mais je ne peux pas bouger… Ces enfants sont nombreux et le seraient le plus en plus.
Chaque fois cette même phrase « un jour ils ne demanderont pas, ils prendront ». Khartoum est une ville sûre actuellement, mais une commune pensée est partagée, chez les occidentaux du moins, le compte à rebours à commencer, ces richesses qui se font, qui s’exposent et tranchent avec l’extrême misère deviendra bien trop insoutenable pour qu’il ne donne pas envie de se servir…. Les soudanais rétorquent que le livre saint les met à l’abri de telles dérives….
On arrive à l’Ambassade, sur la terrasse on retrouve « par hasard » des compagnons de la veille. Les hasards ne sont guère surprenant dans cette ville où les lieux de distractions sont rares… Les conversations se poursuivent en anglais bien sûr, quelques mots sur le boulot, si peu, on s’attarde plutôt sur les anecdotes, on répète les bons jeux de mots dits la veille. Certains sortent des livres de leurs sacs, on interroge sur l’auteur, toujours très connu dans le pays d’origine du lecteur… Je fais une tentative avec Michel Houellebecq, on ne trouve rien d’autre à dire que « he is not the guy anti-muslim ?», je ne peux me retenir « he just writes what every one think »… Sourire des uns, stupeur chez d’autre. La tolérance n’est pas un dû, dans ce monde peuplé d’ONG, de fonctionnaires d’ambassade, et de missionnaires des Organisations unies…. Elle doit se prouver … Je trouve qu’elle amène à un peu trop vite clore les débats. Parmi tous ces gens quelques familles, des célibataires surtout. Des coeurs à prendre alors ? rien n’est moins sûr en ce qui concerne des coeurs peut être les enveloppes.
L’eau de la piscine est très froide, assis sur le rebord, les jambes trempant je lance à mes camarades que dans ce pays il n’y a vraiment rien de confortable, on s’attendrait au moins que l’eau soit à une températures clémente, pas gelée ! Et bien non, même l’eau se veut hostile… Rires.
Je m’ennuie déjà, je me sèche et prends le taxi pour rentrer. Je passerai l’après midi, à écrire mon blog ou à lire en me levant à intervalles régulier pour grignoter un morceau de chocolat ou une banane à la taille ridiculement petite. Quand les températures diminueront j’irai au marché.
Ce soir je suis invité chez un bangladais il a promis à ses invités des plats traditionnels de son pays…
Khartoum devient une parenthèse dans une existence. Certains disent que c’est une formidable expérience sur un ton enthousiaste. Ce sont les même qui se contentent de discours politiquement correcte. Des occidentaux que je fréquente, rares sont ceux qui se plaignent et quand c’est le cas, guère besoin d’être psychologue pour comprendre que la raison est à trouver dan le pays d’origine de leur départ. L’isolation dans laquelle plonge Khartoum prend la forme d’un cocon, d’un écrin peut être. Le temps y passe lentement, l’ennui se combat avec mollesse, on se laisse porter par les incertitudes quotidiennes à la réalisation d’un projet qui tient à un « Si Dieu le veut ». On se rend compte que ça fait deux voire trois semaines que l’on n’a pas passé une soirée tranquille à la maison, mais nous le voudrions vraiment ? La solitude de ces expact n’irait pas jusqu’à supporter une soirée entière à affronter le vide des appartements loués cher et au confort spartiate…. Appartements meublé de meubles de catalogues en papier glacé, quelques statues africaines traînent sur des étagères sur lesquelles s’entassent des magazines achetés à l’aéroport lors du retour des dernières vacances, enfin au milieu de ces habitats trône un I pod blanc relié aux baffles d’une chaîne puissante. La musique : Lhassa, Tracy Chapman, Edith Piaf (même chez les américains), Oum Kalsoum, Jimmy Endrix, une compilation de disco, St Germain…
Puis le premier jour de la semaine de travail on lit dans les journaux soudanais anglophones qu’il y a eu des affrontements dans une université, deux étudiants sont morts, les négociations au Darfour se poursuivent…. Même pays, autre réalité. Est-ce que la proximité rend plus sensible à la misère et aux tensions du pays ? Alors je me vois regarder l’enfant qui mendiait alors que j’étais dans la voiture. Le regardai je comme un ménage regarde le journal télévisé ?
On vit dans cette atmosphère pesante de savoir qu’il y a conflits, qu’il a des mécontentements, on vit avec, on agit contre, on prédit l’impasse de cette situation mais dans tous les cas on reste. Le tout est de préserver notre fort intérieur, qu’il ne soit pas atteint, sinon il n’y aurait pas eu de raison à quitter son environnement. On a assez avec nos passés respectifs.
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