Les quelques pages que vous pourrez lire seront l'expression de mon approche et de mes ressentiments au sujet d'un pays qui m'accueille pendant un an, le Soudan. Je profite de l'opportunité de faire un Volontariat international pour être infidèle a mon pays et a ceux qui m'ont vu grandir. C'est a eux que je dédie ces quelques mots.
Ce carnet de voyage porte bien mal son nom, mais il s’inscrit dans la continuité d’une expérience particulièrement forte vécue au Liban. J’y suis resté quelques mois, le temps d’un stage.
La route est réputée pour être dangereuse. Elle s’élance, droite, traversant un désert parsemé de villages gris…. Mais elle est dangereuse. La route est à double sens et bien trop étroite pour la densité de la circulation, d’autant plus que ce sont de hauts camions ou des bus qui balancent dangereusement de droite à gauche. Croiser ceux qui viennent d’en face, revient à les frôler. Je regarde les bords de la route, rongés par le sable et la chaleur, on voit de larges morceaux d’asphalte qui disparaissent, renvoyé à l’état de poussière. De temps en temps, ce sont des cadavres de bus ou de voitures qui rouillent sur les bas côtés, l’avant déchiré laisse deviné la violence du choc… mais ce sont aussi des cadavres d’ânes dont la chaire semble encore sanguinolente et qui rappellent que dans cet espace ou les 45° s’abattent sur un sol balayé par des vents palpables par la poussière, des hommes vivent…. On les remarque parfois au bord de route dans leurs djellabas crème accroupis, immobiles…
Au bout de trois heures de route on arrive dans la seconde plus grande ville du Soudan la plus proche de Khartoum aussi, Wad Madani.
C’est d’abord des routes bordées d’arbres courts qui vous accueillent, le vert vous étonne. Vert des arbres, vert des zones en jachères au milieu d’une ville aux centaines de milliers d’habitants, et enfin vert des bords du Nil Bleu. La route qui longe le fleuve surplombe des « plages » où l’on voit des hommes faire leurs ablutions. Nouveaux paysages que ces rives de sable banc encastrées entre deux bas plateaux verts, je redécouvre la perspective. En trois mois au Soudan les seules « vues » non emprisonnées par des maisons de briques étaient celles que m’offraient les terrasses d’appartements qui surplombent ces maisons.
Ville paisible que l’on a du mal à appeler ville, les habitant eux-mêmes la compare à un village. L’empreinte des anglais reste forte dans les vieux quartiers. Les boutiques courent et se suivent derrières des colonnades qui avancent un premier étage, synonyme d’ombre précieuse. Colonnades d’un blanc et vert fidèle quelque que soit les rues que l’on descend. C’est presque curieux de trouver ces deux couleurs presque naïves, tendres, dans cet univers où les pièces de rechange pour les voitures, les légumes, les plaques de vers, les sacs de blé, les cartons de Coca cola, la paille, les tapis de prière, les cages à poules, les roues pour les charrettes, les matelas, les barres de fer…. débordent avec anarchie sur la route.
Dans la rue, personne ne m’accoste, j’en suis étonné. Dans une ville où les étrangers sont rares, je m’attendais à plus de salutations ou encore de regards… A Khartoum souvent on croise la rue pour pose un bras sur nos épaules nous appeler « my friend », nous inviter à boire un café…. Et enfin nous demander un visa quand ce n’est pas une sœur à marier. Pas à Wad Madani, la cordialité y semble sincère. La ville est encore écartée des bouleversements aue Khartoum connaît, la tentation de l’ailleurs est plus relative. Cette dernière exerce une force centrifuge sur les populations de tout le Soudan et de plus loin encore. Mais Khartoum apparaît de plus en plus comme un tremplin pour les mondes riches. Les gens d'ici sont plaisibles etje découvre leur humour le temps de boire un thé, c'est à dire des heures durant... les "rendez vous" deviennet causeries.
Rendez vous au Ministère de la Culture de l’Etat fédéré. Bien sûr nous arrivons sans que l’on nous ait donné d’heure précise, dans l’antichambre du bureau, une quinzaine de courtisans assis sur de large fauteuils imitant les voltaires ou debout contre les murs… Une settet chay[1] circule et distribue des verres de thé à travers lesquels on voit tout le sucre, au moins le tiers du contenu. Tous attendent quelques choses, tous se parlent, tous resteront quelques heures, jusqu’à ce qu’on leur accorde une audience, ils feront part de leurs doléances. En réponse, le notable parlera de longues minutes avec une voix grave sans regarder dans les yeux (ce n’est pas forcement bien vu dans le monde arabe), quelques minutes de morales, d’appel aux valeurs héritées par la famille, une référence au Prophète, une conclusion en 2 expressions « ma fi mouchkela [2]» et « bokra inch’Alla[3] ». Le courtisan se lèvera satisfait, sortira en bombant le torse jusqu’à chez lui où il partagera avec voisins et membres de la famille un foul[4] en racontant 50 fois la rencontre avec le ministre, devenu son ami, un protecteur…. Sa femme attendra et écoutera dans la cuisine, silencieuse un bref sourire esquissé sur les lèvres.
Le soir on m’appelle de Khartoum, on me demande où je suis, en fond j’entends de la musique. J’explique que je suis « en mission » en dehors de Khartoum… « Mais tu rates la fête de la Saint Patrick organisé par la communauté irlandaise ! ». Sur mon ordinateur portable j’ai quelques chansons irlandaises « Moly Malone », « the Whisky in the jar », on fera avec, mais sans Guinness ; Anyway ...
De retour à Khartoum, on aborde la banlieue où poussent des quartiers de villas-kit (jardins vert, maisons semi décorées…) clôturés de murs rouges qui se juxtaposent aux bidonvilles. La personne qui m’accompagne ne peut s’empêcher de déclarer que Khartoum est quand même une belle ville… les voyages apprennent à ne plus comparer.
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