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Mardi 10 avril 2007

« Même les américains sont étonnés de la taille de notre Ambassade…. » . La jeune brune assise à côté de moi anime ses grands bras et gesticule sur sa chaise dès qu’elle commence à parler pour tout de suite redevenir immobile une fois la bouche close. A côté d’elle sa collègue dont sur le visage tombe une coiffure qui rappellerait les boucles dorées des élégantes stars hollywoodiennes des années 50 , garde le silence, apparaît de temps à autres un sourire en réponse aux excitations subites de la brune…. La conversation tourne autour de l’Ambassade de la République tchèque au Caire dont l’architecture est l’héritage d’une époque que l’on se contentera de nommée « sixtees ». Elles doivent rester quelques jours à Khartoum avant de rejoindre l’autre capitale qui se partage le Nil.  De temps à autres le quatrième convive se lève de table pour répondre au téléphone. Ce dernier coup de téléphone semble particulièrement l’agité, il s’éloigne un  peu plus, fait des petits pas dans le restaurent  et enfin revient vers nous.

 

« Je suis désolé, mais nous devons quitter le restaurent immédiatement. Il y a des explosions dans Khartoum et nous avons intérêt à nous éloigner du centre tant que l’on ne sait pas ce que ça peut être !» …. Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’épisode de l’été 2006. On se lève, reste debout les bras ballants, la petite blonde semble plus pâle encore tandis que la brune clame se sentir sur le Titanic…. Le décor rococo du restaurent, avec ses plâtres ternis et ses lustres trop grand pour un plafond trop bas , et cette impression d’être en suspend dans l’attente d’une information, voire d’une explosion pour être sûr que ce n’est pas une rumeur comme il en court tant dans cette ville lui donnerait presque raison…. Enfin on sort du restaurent, droit devant nous une grosse fumée noire  s’élève…. On rentre dans une voiture le chauffeur prend la direction inverse de la fumée et dit vouloir nous amener chez lui…. Le temps d’en savoir un peu. Il dit avoir été informé de ses explosion  par son fils et que déjà des chars bloquent les rues… Thèse de l’attentat bien sûr, mais avec les tchèques nous restons attachés à l’hypothèse de l’accident…

 

Trouvant cette fuite assez ridicule, je demande à ce que l’on me dépose et explique que je rentrerai en taxi. Les jeunes femmes s’exclament qu’elles préfèrent aussi rentrer à l’hôtel… On nous répond que la situation est incertaine et qu’à Khartoum il est préférable d’attendre hors du centre. Nous insistons et enfin la voiture fait le chemin inverse. Nous convenons de d’abords ramener les tchèques, le conducteur se gardant bien de traverser le centre préfère passer par les routes périphériques non goudronnes… En attendant je râle de ne pas avoir mon téléphone portable… Je pourrais peut être avoir des informations. Si ce n’est le nonchalant nuage noir qui s’élève et s’attarde sur a ville, rien ne semble troubler les activités de la ville. D’ailleurs les différentes stations de radio n’on pas interrompus leu programme que se soit la lecture du Coran, les chansons aux voies nasillardes du sud du Soudan, ou les rap américain…Enfin on arrive à l’hôtel, avec les tchèques nous convenons d’un autre rendez vous pour ce soir à 20 h, chez moi en intimité. Je repars, le conducteur semble énervé je lui dit que je souhaite aller au CCF, il me regarde avec des grands yeux et me répond qu’il préfère me ramener chez moi. Le CCF est en plein centre tandis qu’il sait que j’habite dans un quartier un peu plus éloigné.  Nous sommes samedi ; je ne travaille pas normalement mais le CCF est ouvert ; des cours de français y sont donnés. Je veux simplement voir l’ambiance qui y règne. A mesure que l’on se rapproche du centre la fumée se fait plus dense. Je descends devant le Centre Culturel Allemand où je retrouve par coïncidence une amie, on fait le même constat de cette atmosphère électrique avec ça et là quelques groupements de personnes dans les rues. Je lui confirme néanmoins notre rendez vous du lendemain. Je reprends mon chemin, quelques explosions au loin me rappellent ma fin de séjour au Liban. Un policier m’arrête, il est entrain de fermer la route et me demande de m’éloigner ; je fais un long détour avant d’arrive au CCF. Comme d’habitude ; de nombreux étudiants y prennent leur café, discutent, mais tous ont le regard tourné vers la fumée noire. Avec les employés du CCF on convient qu’il vaut mieux l’établissement jusqu’à demain. Enfin je rejoins mon bureau et peux donner quelques coups de téléphone. J’appelle d’abord un responsable de l’Ambassade de France pour savoir s’ils ont des informations précises sur les évènements, il me demande « quels évènements ? » Je lui fais une brève descriptions de la situation, quelques détonations, la fumée noire, les rues fermées. Il me dit qu’il va me rappeler. J’attends. Le téléphone sonne. La même voie me dit qu’il en sait un  peu plus, ce serait l’armée qui ferait exploser ses munitions obsolètes…. Mais l’arsenal est en pleine ville, autrefois isolé, la ville a grossi et des quartiers sont nées du sable, entourant progressivement les dépôts. J’apprendrai plus tard, qu’il y a eu quelques blessés. Une fois à la maison je raconte à mon colocataire la petite aventure de l’après midi, il en reste étonné, n’ayant rien entendu et n’ayant pas vu le nuage noir…

 

La nuit s’installe, j’appelle les tchèques et leur dit que je viendrai les chercher en taxi dans une demi heure….

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
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