Concours

Recommander

Publicité

Mardi 21 août 2007

Trois heures du matin. Le taxi m’a déposé devant le terminal de départ de l’aéroport de Khartoum pour les vols internes. Devant les portes une foule de personne se tiennent debout ou avancent d’un pas en font trois de diagonales tout en poussant des chariots surchargés de cartons recouverts de plastiques et qui font office de valise. Dans ce groupe qui se balance se mêle se quittent attendent leur départ de ceux qui attendent des arrivants. Mon vol est dans deux heures mais on m’a bien dit d‘arriver en avance. Comment savoir quand sera mon vol ? Aucune informations. Je laisse le chariot saisit la petite valise que je place devant moi et joue des coudes pour atteindre la petite porte et  demande à quelle heure on appellera ceux qui prennent mon vol pour pouvoir entrer et enregistrer nos bagages. Le jeune ne répond pas et me fait un vague signe que je traduis comme une invitation à attendre  sa gauche. Enfin une dizaine de minutes plus tard le jeune homme se tourne vers moi « Juba ».

Je dois partir en mission dans la capitale de la région du Sud du Soudan, Juba. Je m’y rends avec des ides partagées, les mythes sont nombreux et contradictoires. Certains m’on fait l’apologie de cette ville, qui incarne l’espace de liberté, la rebelle qui tourne le dos à l’austère Khartoum, l’alcool y est autorités et se déguste sous des arbres sur le bord d’un Nil indolent. On me vante ses restaurants où la nourriture est bonne servie dans des cadres agréables… Puis il y les détracteurs, « franchement, tu crois que l’alcool suffit pour que l’on se sente libre», la vie y est chère, on se plaint des rouages machiavéliques de l’administration du « Nord », alors que dans le sud il n’y en a pas du tout… Sorti des descriptions subjectives, je retiens que Juba… est une ville en devenir et peut être…. une future capitale.

 

On embarque dans l’avion que je découvre avec les premiers rayons de soleil… j’aurai préféré ne pas le voir, les heures de vol devant certainement se compter en années. Effectivement il nous emmena à bon port, c’est à  nous en rendre croyant…

 

Arrivé à Juba, je rejoins trois coopérants de l’Ambassade de France, le chef du bureau de la représentation de la France au  Sud Soudan, un attaché à la coopération pour les programmes humanitaires et le troisième coopérant culturel (exception française oblige) notamment chargé de la francophonie…

 

A peine sorti de l’avion, je découvre une lumière douce doré loin de la pâleur sèche du nord… et surtout en perspective des arbres, des collines vertes… Autre paysage d’Afrique qui plonge dans cette nature abondante. C’est parmi ces arbres, dans ces champs, entre les collines qu’un village se métamorphose en une ville. Sur le parking je retrouve les innombrables 4x4 Toyota Land cruiser ; au moins Khartoum et Juba partagent ce commun… on m’explique dès vitre qu’il n’y a de cela 5 ans, on ne comptait que trois voitures civiles, celle du gouverneur de la ville, celle du directeur de l’aéroport et celle d’une ONG, désormais Juba connaît les affres des embouteillages. Sur le chemin qui m’amène à la représentation de la France on me prit de remarquer les seuls 20 mètres de goudron de la ville hormis la piste d’atterrissage de l’aéroport.  On passe devant des cabanons bas, ronds dont le toit est en branche séchée et les murs en boue, ce sont les habitations locales, « les habitants les plus riches se procurent des bâches en plastique pour recouvrir les branche… les pluies font des ravages ici ». A côté  des cabanons, des maisons blanches dont la peinture semble encore fraîche : les représentations des pays, les « headquarters » des ONG ou encore les bâtiments des UN (Nations Unies)…

Alors on comprend la révolution à laquelle on assiste en venant, ici, ce sont des infrastructures qui se montent, l’électricité à installer, s’assurer que les moyens de communication marchent, faire venir ces 4x4, c’est nourrir ces nouvelles populations que se soit les nombreux étrangers, les réfugiés soudanais qui reviennent sur des terres que certains ne connaissent pas mais laissés par leurs parents au début d’une guerre qui a duré 20 ans, la plus longue guerre en Afrique que celle entre ce Nord et ce Sud… du Soudan.

Et c’est avec beaucoup d’ironie que l’on va demander à ce que tous ceux qui arrivent de Khartoum apportent des agrafeuses mais par contre on trouvera de grosses antennes paraboliques, les derniers ordinateurs portables…

 

Le soir nous devons rencontrer un lauréat du « concours de la francophonie ».  Chaque année le service culturel de l’Ambassade de France, à l’initiative du Ministère des Affaires Etrangères, organise un concours, les lauréats se voyant remporter un voyage de 15 jours en France tout frais compris. Le lauréat s’appelle Philippe (en réalité il a un nom qui n’a rien de français mais il s’est donné ce prénom sur les conseils d’un de ses profs), il vient d’arriver au Soudan après avoir passé plus de 17 ans au Congo. Nous allons donc chez lui, un de ses profs nous proposent de nous y conduire, on le suit. On s’éloigne de Juba, empruntons des chemins boueux, traversons champs et villages de huttes, nous croisons des femmes enveloppées dans des tissus colorés marchant avec nonchalance, sur leur tête des sacs de céréales…  Des enfants suivent sur quelques mètres la voiture en criant « hello » « hello »…  Nous sommes légèrement en hauteur ce qui permet d’apercevoir cette nature vierge qui s’étend à perte de vue sur une longue plaine derrière nous un haut plateau (truffé de mines), peu de constructions, pas de routes, quelques hameaux qui se cachent sous les manguiers ou bananiers… l’immensité de l’Afrique.  Enfin on arrive devant cette maison de fortune, en sort Philipe, « échalas » de plus 2 mètres comme tous les habitants de cette région.

Suit sa mère, qui ne parle ni anglais, ni français mais un arabe local. Le professeur explique à la mère que le fils partira 15 jours en France, on lui explique aussi dans quel cadre. Elle se fait discrète, lève sa main pour cacher son sourire. Philipe, regard posé et doux, on ne saura rien de ses attentes ou craintes du voyage. Si, il parait presque plus intrigué d’arriver à Khartoum que de partir pour Paris.

Sur le chemin du retour je ne peux m’empêcher de sourire en pensant aux multiples formes de l’action de la France à l’étranger, jusqu’à apporter un billet d’avion pour la France au fin fond de l’Afrique pour un jeune qui a remporté un concours ! Belle expérience en tous les cas.

J’apprendrais plus tard il qu’il a été ravi de son séjour en France et qu’il a rencontré des jeunes qui venaient des 4 coins du monde et qui comme lui… avaient décidé d’apprendre le français.

 

Le soir, je suis invité à une soirée chez un anglais dans le campement des « Joint –donners-fund », coalition des plus importants donneurs (Canada, Royaume Uni, Hollande… ) pour le développement du sud Soudan dont profite le gouvernement du Sud Soudan (communément appelé le GOss) encore dépendant du Nord. Le campement est un vaste complexe situé au milieu de Juba comprenant les bureaux et des villas types chalets entourés de jardins affectés à ceux qui travaillent dans le cadre de cette coalition. Impression curieuse que de danser, de « s’amuser » et de voir par la fenêtre ceux pour qui sont sensés destinés ces politiques de développement, dans des cahutes de l’autre côtè des barreaux qui encerclent le complexe…. Mais après quelques mois au Soudan on s’habitue à ces curieuses juxtapositions de maisons, de genres de vie…

 

Les accords de paix de 2005 entre le Nord et le Sud prévoient un référendum en 2011 auprès de la population du Sud Soudan pour statuer sur l’indépendance de leur région et donc la création d’un nouvel Etat. Certains parient sur l’indépendance et la prédestine comme l’antichambre d’un morcellement du Soudan aujourd’hui plus grand pays d’Afrique. Qu’en adviendra t il du Darfour ? du Kordofan (région entre Khartoum et le Sud Soudan) dont des tensions pointent déjà à cause de scénario trop connu (répartition des ressources, conflits entre les paysans et les pasteurs…), Khartoum se contentera t elle du Nord ? se suffit elle de ce futur quand on sait que le développement qu’elle connaît actuellement repose en partie sur des investissements étrangers pour ses richesses qui sont pour la plupart situé dans le sud…

 

Sur le chemin de retour vers l’aéroport je me régale de contempler ces vaches imposantes avec de gueules fines aux yeux de biches et des cornes larges comme trois tailles d’homme et longues d’un bras.

Je retrouve avec plaisir l’avion de l’allée qui me reconduira (je suis toujours convaincu que c’est un miracle) à Khartoum.

 

 

 

 

Par mok - Publié dans : quelquesmotsduliban
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

tu as l'air d'être heureux la bas.... il est vrai que La vie est beaucoup trop courte pour pouvoir rêver sur un échec...


le cadre a l'air agréable mais aussi totalement dépaysant par rapport à l'occident....


en espérant avoir de tes nouvelles....


je finirais par une belle citation : Ne crains pas d'avancer lentement, crains seulement de t'arrêter


a bientot

Commentaire n°1 posté par laure le 02/10/2007 à 17h24

Bonjour Mathieu,


J'espère que tu vas bien. J'ai été récemment recruté dans un ministère,  c'est super. Mon emploi est passionnant. En espérant que tout se passse bien pour toi à Khartoum.


Je t'embrasse.


 PS: après une longue réflexion, j'ai finalement décidé de te communiquer mon mail.

Commentaire n°2 posté par DAMIEN le 02/11/2007 à 12h01

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus