Les quelques pages que vous pourrez lire seront l'expression de mon approche et de mes ressentiments au sujet d'un pays qui m'accueille pendant un an, le Soudan. Je profite de l'opportunité de faire un Volontariat international pour être infidèle a mon pays et a ceux qui m'ont vu grandir. C'est a eux que je dédie ces quelques mots.
Ce carnet de voyage porte bien mal son nom, mais il s’inscrit dans la continuité d’une expérience particulièrement forte vécue au Liban. J’y suis resté quelques mois, le temps d’un stage.
Le vendredi Khartoum est engourdie, silencieuse, les voitures sont rares, les magasins restent fermés. C’est le jour que je choisis pour courir de temps à autres, si je ne me réveille pas trop tard bien sûr sinon il me faudrait affronter la chaleur.
Sortant de chez moi il ne me reste qu’à descendre la rue et j’arrive sur le Nil bleu à quelques centaines de mètres de là où il rejoindra le Nil blanc. En descendant cette rue je dépasse quelques vieillards assis en rond autour dune femme préparant du thé (settet chaî), plus loin ce sont des jeunes qui marchent rapidement l’un d’entre eux tient un ballon. Je longe le mur de l’Université de Khartoum sur lequel une famille de singes m’observe, ils demeurent immobiles à peine perturbé que je sois à moins d’un mètre d’eux, le corps immobile seule la tête pivotant à mesure que j’avance. Le mur guère haut, me permet de voir les bâtiments loqueteux d’aujourd’hui mais qui ont du connaître leur gloire. Vestige de la présence anglaise, l’Université de Khartoum a des allures de celles d’Oxford, aux pierres grises sont substituées par des briques orangées, mais on retrouve des tours, des fenêtres gothiques. J’arrive sur la route qui longe le Nil, j’accélère le pas pour enfin courir, je me demande ce que doivent penser les rares passant en djellaba, avec mon accoutrement : short, tee shirt avec larges motifs, casquettes rouges et l’indispensable baladeur. L’étranger doit garder à l’esprit cet équilibre entre ce qu’il entend poursuivre de ses habitues qui prennent place sur la place publique sans interférer avec la société accueillante.
La route s’écarte progressivement du Nil, sur la fine de bande de terre qui sépare le Nil et la route, s’insèrent des champs. Cet espace vert a pour relief des arbres et quelques hautes plantes qui cachent des baraques minuscules où vivent les paysans. Dans ce vert frappant dans la ville de Khartoum si brune de part la poussière, la couleur des murs, se distingue des silhouettes blanches ou beiges parfois immobiles ou parfois en mouvement, des mouvements identiques répétés, ceux du travail. Pas de tracteurs, mais des bêches, des pelles, on voit les outils traînés dans le sillon de quelques chemins, on distingue une pompe, leur richesse j’imagine. Continuant mon chemin j’aperçois des grues et autres engins de constructions autour des quelles s’activent quelques soudanais tandis que les chinois inspectent le sol, de nouvelles construction en perspective, comme on en voit partout dans Khartoum. De l’autre côté de la rive, s’étendent des villas colorées, dont les jardins s’ouvrent sur le Nil, elles se situent dans le quartier privilégié de Khartoum.
Il fait bon ce main, les grosses températures de l’été semblent passées.
Je me remémore les lieux où j’ai couru , Alexandrie sur la fameuse Corniche, cette longue route qui longe la mer et prend fin sur la presqu’île où s’élevait le phare ; les plaines vertes d’Irlande où je me perdais, tant je ne me retrouvais pas sur ces petits chemins que j’empruntais ; Beyrouth là encore sur le bord de la mer où les familles « défilaient » au sens propre du terme les femmes avec leur attirail de bijoux les hommes, le ventre en avant appuyant à plusieurs reprises sur la clef de leur voiture rien que pour faire « flachouiller » la Mercedes garée à quelques mètres de là…
Du côté « ville », je vois que le sol a été aplatit, un nouveau quartier surgira bientôt. On vit dans une ville qui connaît certainement une « révolution urbaine », les bâtiments gagnent de la hauteur, mêmes des tours s’érigent et seront investies par les bureaux des sociétés. Les opérateurs de téléphoniques, les promoteurs immobiliers se disputent les panneaux publicitaires toujours plus nombreux. Dans des cafés on voit de temps en temps des jeunes branchés sur le wi-fi. Les embouteillages sont monnaies courantes et la ville ne sait pas gérer cette circulation qui a explosé récemment, les ponts se multiplient, progressivement l’espace asphaltée se répand. Cafés et restaurants de qualité se multiplient, l’accès à l’emprunt se démocratise…. Et on trouve même des cannettes de red bull qui traînent par terre. Ce développement économique ne doit pas faire écran de l’inégalité qui se creuse et devient frappante d’un quartier à un autre ni de la sévérité du régime…
L’autre jour une amie soudanaise me dit qu’elle s’inquiète de la disparition d’un de ses collègues il était 11 h du matin et personne ne l’avait vu depuis qu’il avait quitté sa maison pour se rendre à son travail, sa famille commençait à appeler les hôpitaux…. Finalement en fin d’après midi cette amie me retrouve pour me dire que son collègue ami a été retrouvé. Il avait été arrêté par a police, se promenant avec son appareil photo numérique à la main il passait devant une caserne, un policier l’interpelle le fait entrer dans la caserne et bien sûr saisit son téléphone portable et son appareil photo. Il sera interrogé durant des heures sur les raisons pour lesquelles il se promenait avec cet appareil et s’il souhaitait prendre des photos de la caserne (il suffit d’aller sur goole earth…) enfin il et libéré mais on ne lui rend pas son appareil photo… l’interrogatoire et la pression qu’il avait subit était simplement pour qu’on lui prenne son appareil.
Continuant ma course j’entraperçois quelqu’un à genoux, puis qui se lèvent en effectuant des gestes qui me sont devenus familiers. Il prie. L’endroit s’y apprête, le silence, cet espace vert en bordure du Nil, la lumière claire… On oublierait que l’on ait dans une ville de 8 millions d’habitants.
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