Partager l'article ! Endurance dans le camp des Nations Unies: Souvent nous sommes tentés de louer l’œuvre de l’artiste de la Michel-Ange, ...
Les quelques pages que vous pourrez lire seront l'expression de mon approche et de mes ressentiments au sujet d'un pays qui m'accueille pendant un an, le Soudan. Je profite de l'opportunité de faire un Volontariat international pour être infidèle a mon pays et a ceux qui m'ont vu grandir. C'est a eux que je dédie ces quelques mots.
Ce carnet de voyage porte bien mal son nom, mais il s’inscrit dans la continuité d’une expérience particulièrement forte vécue au Liban. J’y suis resté quelques mois, le temps d’un stage.
Souvent nous sommes tentés de louer l’œuvre de l’artiste de la Michel-Ange, mais en vérité nous devrions le blâmer... Depuis qu’il a réalisé le David, il incombe a l’homme... de ne point se négliger.
Les opportunités pour faire de l’exercice a Djouba sont loin d’être naturelles. En clair, on ne peu guère marcher, les rues se prêtant pas a des promenades bucoliques et les températures étant pour le moins décourageantes
Néanmoins, la communauté s’organise. C’est ainsi que l’on peut désormais faire de l’aérobic ou encore du yoga dans des salles de réunions des bureaux des ONG ou des campements des ambassades. Généralement, une personne qui a suivi des cours dans ses activités qui propose de partager ses talents.
Le camp de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS) offre un large terrain pour se défouler. Le camp se trouve a proximité de l’aéroport de Djouba, emplacement que les missions des UN favorisent, pour faciliter une évacuation en cas de crise. Des sacs de sable et de caisson remplis de terres s’élevant sur plus de 2 mètres font office de mur de ce camp entourant une enceinte s’étendant sur quelques hectares.
On rentre assez facilement dans le camp, des soldats plutôt souriant demandent simplement de signer un registre. Une fois la voiture garée, on peut s’élancer et se dégourdir les jambes trop habituées a ne marcher que sur des courtes distances ces derniers temps.
De chaque cotés de la piste, les fameuses grosses 4x4 blanches frappées d’un UN noir. Un ami m’avait fait un jour la remarque, alors que j’étais a Khartoum, qu’elles incarnaient l’envahisseur... ne portent elles pas le nom d’un peuple barbare ?[1] Il faut dire qu’au nord Soudan elles sont l’empreinte la plus visible d’une présence très peu populaire. Les Nations Unies sont associées a l’intrusion étrangère, on croirait presque a un cancer qui corrompt la société soudanaise.... c’est du moins ce que la propagande suggère.
Il est certains que la présence de telles missions n’est pas neutre et qu’elle implique de significatifs conséquences. Les aspects positifs vont être le fait que cela représente une pression pour un gouvernement qui manie sévèrement le bâton et se soustrait du droit. Mais ces missions s’accompagnent d’un important dispositif civil et militaire. Et ce sont des personnes qu’il faut nourrir et loger. Souvent les agents des Nations Unies seront accusés de contribuer à la hausse des prix locaux et de creuser les inégalités. Ils vont consciemment ou inconsciemment fortement enrichir quelques personnes sachant profiter de leur présence (proposer des produits marchands dits « occidentaux » a des tarifs ridiculement élevés, location de maisons....).
A mesure que j’avance, je vois toujours des voitures, elles se comptent pas centaines... Mais a ma grande surprise je remarque que sur un des parkings, au moins 200 parmi ces dernières semblent recouvertes d’une épaisse poussière... Visiblement elles sont immobiles de puis quelques temps déjà.
Dans ce camp se côtoient civils et militaires. Les bureaux et les logements sont dans des préfabriqués que l’on voit se suivre les uns attachés aux autres sur des dizaines de mètres. Pour y avoir cherché à plusieurs reprises des bureaux spécifiques, j’ai bien cru m’être retrouvé dans un labyrinthe.
Non loin de ces préfabriqués quelques soldats font du sport, des cours de tennis et de volleys ont été aménagés. Les équipements sont relativement simples, en comparaison avec la piscine dont j’avais pu apprécier la fraicheur dans le camp des Nations Unies bâti juste dans la zone de démarcation qui sépare Chypre nord de Chypre sud. A mesure que l’on s‘éloigne des préfabriqués, on s’enfonce dans un terrain plus sauvage et plus calme aussi, de temps en temps on croise quelques soldats marchant nonchalamment. Je longe toujours l’élévation de terre sur laquelle court un fil barbelé. Quelques miradors s’élèvent, plusieurs d’entre eux s’effondrent a cause d’une bataille qui n’a jamais eu lieu, le temps ronge les fortifications. Ca et là de grandes tentes ouvertes couvrent des voitures dépecées, parfois on croisera un tas de ferraille et de bois sur le bord de la piste. Le camp des Nations Unies monté en 2005 à la suite de l’accord de paix entre le Nord et le Sud semble aujourd’hui se déliter a mesure qu’approche l’objet dont il couvait le processus de réalisation, le referendum. Cependant dans une déclaration du 16 novembre 2010, le Secrétaire General des Nations Unies propose d’augmenter les effectifs de la mission qui atteint en ce jour 10 000 personnes.
De grands oiseaux volent au-dessus du camp, ils ont le cou long et pelé, des vautours... Plus loin je croise une vache superbe, gironde mais avec des cuisses hautes et fines. Ses cornes ont la longueur du bras d’un homme mais elles tournoient dans des spirales opposées. Elle est de la couleur à laquelle on associe la paix, blanche. Elle s’appelle Ban Ki Mooo. Elle a été donnée en cadeau de bienvenu par le gouvernement du Sud Soudan au Secrétaire Général des UN (M. Ban Ki Moun), lors de sa visite à Juba. Depuis, elle reste dans le camp, 8000 soldats veillent sur elle.
Le camp reste esthétiquement pauvre, cependant des éléments décoratifs émergent. A l’image de cette barrière qui a le mauvais gout de prendre la forme d’une kalachnikov. Plus loin on peut voire des peintures de tigre de Bengale sur les murs de préfabriqués, rappelant que le contingent qui assure la sécurité dans la région est principalement fourni par le Bangladesh.
J’arrête de courir quand j’entends une surprenante clameur dans ce camp assoupit. Devant moi une dizaine de personne sont entrain de chahuter deux soldats en tenue militaire avec brassards et bérets bleus clairs. Ces derniers demeurent droits dans leur botte derrière une barrière. Le petit groupe commence à jeter des bouteilles en plastique vide et des cailloux sur les soldats. Les soldats armés de mitraillettes qui essayaient de parler se mettent désormais a hurler.
D’abord étonné de voir une telle scène au sein du camp j’en déduis très vite que c’est un exercice d’entrainement en cas de manifestations. D’autres officiers éloignés de la scène l’observe avec sévérité.
Jusqu’a présent Djouba est restée extrêmement calme a part quelques crimes qui relèvent plus d’agressions pour vol mais rien qui ne soit des attentats (ce qui a été le cas a Khartoum) ou de retournement violent de la population contre la présence internationale.
Mon entrainement s’achève, mon tee-shirt est trempé de sueur. Bien que l’on soit en début de soirée, les températures avoisinent encore les 35 degrés.
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